Le 18 septembre 2025 (voir notre article), au milieu du tumulte rennais, du chaos breton, de la colère des déclassés, l’œil de mikaS. Le photographe rennais n’a pas tenté d’expliquer un mouvement social, encore moins de le justifier. Ses clichés n’ont absolument pas besoin de légendes. Ils montrent, tout simplement, brutalement et presque poétiquement.
Dans ses épreuves, des…épreuves. Dans ses images, la maîtrise du cadre, de la lumière, de l’instant devant le désordre. Dans ses instantanés, il rend esthétique l’émeute à la manière de Patrick Chauvel, photographe de guerre, qui affirmait sobrement. « Il n’y a rien de plus photogénique que la guerre, mais il ne faut jamais l’oublier : ce que l’on montre, c’est l’indicible. »
Ici, l’indicible se niche dans les poubelles brûlées, dans les regards interloqués, dans les banderoles brandies, dans des menottes passées aux poignets d’ultras. Tout est sous tension chez le photographe. Mais là où d’autres s’encanaillent dans le sensationnel, mikaS prend position par la nuance et la profondeur. Les CRS, les gendarmes ne sont pas réduits à des silhouettes oppressantes, des robocops des temps modernes. Ils sont aussi des humains, figés dans des instants d’attente, de doute, presque de solitude.
Comme Raymond Depardon, mikaS se tient à la bonne distance. Il observe derrière son appareil. Ses photos sont des fenêtres sur cour. Elles délivrent au spectateur une réalité sociale que beaucoup préfèrent ignorer ou simplifier par des phrases chocs sur des plateaux de télévision. Elles présentent la réalité crue, des images violentes, des scènes de révolte urbaine dans cette France de 2025, dans cette France de chez nous, de chez vous.
Mais attention, ces représentations ne sont pas un manifeste de la casse, d’une classe. Elles cassent les barrières entre forces de l’ordre et ultras dans un vol de pigeons. Elles montrent le théâtre où se joue parfois l’injustifiable, et où, pourtant, des formes de beauté surgissent à haute température, souvent dérangeantes. MikaS offre du trouble — non dans ses photos — mais dans son regard. « Photographier, c’est conférer de l’importance », disait Susan Sontag. Les clichés de mikaS rend visible le ras-le-bol et l’embrasement. Pour que nul ne dise : je ne savais pas.


