Elle flotte sur la Vilaine, aux pieds de la place de la République. Une bouée jaune. Comme un symbole. D’où vient-elle ? On aime imaginer qu’elle a été abandonnée par les ultras de la dernière manifestation du 18 septembre qui ont pris l’habitude d’ouvrir leurs cortèges avec des objets gonflables, comme des totems. De couleur jaune — comme les gilets — va-t-elle venir au secours de la République ? Du Premier ministre sans gouvernement ? Des protestataires qui crient « Bloquons tout » ?
Loin de nous l’idée de persifler sur l’état de la nation… mais cette bouée qui dérive au fil de l’eau ne sauvera personne. Sauf peut-être le photographe en panne d’inspiration, qui y verra un symbole facile pour dire, une fois de plus, combien cette ville de Rennes va à… vau-l’eau. Rennes la Rouge refait la une dans l’actualité. À chaque manifestation, les caméras débarquent de Paris, attirées par les mêmes images : vitrines brisées, affrontements, lacrymogènes. Les journalistes, encadrés par des molosses, se faufilent entre les projectiles pour capturer les violences. Et pendant ce temps-là, les Rennais comptent les coups entre les forces de l’ordre et les ultras. Toujours la même ritournelle. Une spirale infernale.
Comment s’habitue-t-on à un tel spectacle ? Comment ne plus s’en indigner ? Même ceux qui partageaient les colères commencent à s’interroger : est-ce là toute l’imagination des ultras ? La casse pour la casse lasse. Elle consterne, elle agace. Lors d’une manifestation précédente, un bouquiniste avait laissé des livres en libre accès, place Sainte-Anne. Gratuits. Il y avait du Marx, du Engels. Personne n’en a pris. Le feu couvait, mais sans combustible intellectuel. La bouée n’est pas toujours pour ceux qu’on croit. À moins qu’elle ne soit pour les commerçants du centre, excédés par les débordements et vent debout contre la suppression du parking Vilaine. « Lecornu dans la Vilaine ! », criaient les manifestants.


