En 2025, la plainte en ligne a “fonctionné totalement” pour la première fois, dans le département. Mais les autorités judiciaires, préfectorales et policières le disent clairement : l’outil améliore la déclaration, mais il peut aussi gonfler mécaniquement certains indicateurs… sans que la réalité de la délinquance « terrain” n’augmente dans les mêmes proportions. «Cette année 2025 a été la première durant laquelle le dispositif aura fonctionné totalement», rappelle le préfet d’Ille-et-Vilaine, Franck Robine, avant de prévenir : « On évalue encore (…) son influence.»
Le directeur départemental de la police nationale Yannick Blouin enfonce le clou. « On voit bien qu’il y a une courbe exponentielle » sur certains faits déclarés. « Des victimes d’atteintes aux biens, d’escroqueries ou de faits sans confrontation directe déposent désormais plainte sans se déplacer. Auparavant, ces faits restaient parfois sous-déclarés », résume-t-il en creux, tant les démarches pouvaient décourager.
Mais cette facilité a un revers opérationnel. « Le méfait est enregistré statistiquement, mais l’enquête démarre avec peu d’éléments matériels », alerte le directeur. Derrière la plainte en ligne, il peut manquer des vérifications immédiates. « Parfois il n’y a pas de transport sur les lieux, il n’y a pas de constatations ». Côté justice, la prudence est la même : chaque plainte génère un traitement, alors que « la capacité d’enquête et la capacité de jugement ne sont pas extensibles », rappelle le procureur Frédéric Teillet.
Traduction : plus de plaintes, c’est plus de dossiers pour les policiers, plus de procédures, dans un système déjà sous tension. Au-delà, la plainte en ligne change durablement la production des chiffres — et impose une nouvelle rigueur pour distinguer ce qui relève de la délinquance… et ce qui relève de la déclaration. Selon le directeur départemental de la police, « 63 % des plaintes sont prises désormais en ligne ». Le reste continue d’être enregistré à l’accueil des commissariats.


