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mercredi 11 février 2026
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une justice sous tension mais déterminée

L’audience solennelle de rentrée de la Cour d’appel de Rennes, le 12 janvier 2026, a donné le ton de l’année judiciaire à venir en Bretagne. Devant de nombreuses autorités civiles, judiciaires et militaires, le premier président Jean-Baptiste Parlos a rappelé l’importance du ressort rennais, qui couvre la Bretagne et la Loire-Atlantique, soit près de cinq millions d’habitants. Il a salué la mobilisation quotidienne de milliers de professionnels « au service de la justice », dans un contexte toujours plus exigeant.

Cette audience a été l’occasion d’accueillir et de présenter plusieurs nouveaux magistrats. Sophie Baudis a été officiellement accueillie en qualité présidente du tribunal judiciaire de Lorient. Ancienne cadre dans le commerce international, elle incarne, selon le premier président, « l’évolution de la magistrature », de plus en plus ouverte à des parcours venus d’horizons variés. Ont également été présentés Madame Masson, nouvelle vice-procureure placée, appelée à renforcer les parquets, et Monsieur Saadoune, directeur des services de greffe placé, dont les missions l’amèneront à intervenir dans plusieurs juridictions.

il est illusoire de penser qu’avec 3 482 milliards de dette, de nouveaux moyens pourront être attribués, à court ou moyen terme, à la mission justicE », Jean-Baptiste Parlos

Dans un discours volontairement direct, Jean-Baptiste Parlos a dressé un constat sans détour des difficultés rencontrées par la justice. L’activité pénale a fortement augmenté, avec près de 50 % d’affaires criminelles en plus entre 2023 et 2025, tandis que les dossiers civils et sociaux se complexifient. Malgré l’arrivée de 38 attachés de justice ces dernières années, les juridictions restent sous tension. « Durant ces deux années très difficiles, vous avez été le cœur battant d’une justice qui aurait pu sombrer », a-t-il déclaré à l’adresse des magistrats et des personnels.

Au passage, le premier président a  pointé la question des moyens. À horizon 2030, la loi de programmation prévoit 50 postes supplémentaires pour l’ensemble du ressort, dont 16 pour le parquet. « C’est bien, mais est-ce suffisant devant l’augmentation de la population ? », s’est-il interrogé. Selon lui, l’amélioration du fonctionnement de la justice passera aussi par une meilleure organisation et un traitement plus adapté des dossiers, sans attendre de nouvelles réformes majeures.

Le procureur général Thierry Pocquet du Haut-Jussé a ensuite pris la parole dans un registre à la fois institutionnel et engagé. Il a rappelé « la place très particulière qu’occupe ce parlement de Bretagne dans la vie de la cité et dans l’histoire de la région », tout en rendant hommage aux membres de la communauté judiciaire disparus en 2025. Il a notamment cité les décès de l’avocat général honoraire Éric Sévère-Jolivet, de Justine Le Bars, greffière à Saint-Brieuc, et de Me Maxime Tessier, avocat à Rennes. «Nous exprimons notre sincère sympathie et notre soutien à leurs proches.»

Le cœur de son discours a porté sur les attaques visant l’institution judiciaire. Face aux critiques parfois violentes suscitées par certaines décisions, notamment lorsque des responsables politiques sont condamnés, le procureur général a mis en garde. «Cette critique provient selon les cas de courants politiques différents voire opposés, ce qui devrait suffire à conclure à son inanité. Plus gravement, certains commentaires insinuent ou affirment que ces décisions seraient le fait de magistrats qui se vengeraient des politiques. Cette assertion, qui n’a évidemment aucun fondement, est profondément pernicieuse et de nature à saper les fondements de la démocratie.»

Parmi les priorités pour 2026, la lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic occupera une place centrale. Thierry Pocquet du Haut-Jussé a évoqué l’entrée en fonction récente du parquet national anticriminalité organisée et rappelé l’ampleur du phénomène dans l’Ouest. En 2025, près de 25 tonnes de cocaïne ont été saisies, notamment grâce à l’action conjointe de la police, de la gendarmerie, de la douane et de la marine nationale. Des trafics qui s’accompagnent de violences, particulièrement à Rennes et Nantes.

Voulons-nous vraiment d’un monde dans lequel les juges, parce qu’ils jugent, sont ravalés au rang de criminels ? », s’est interrogé le procureur. 

Mais la lutte contre les trafics ne doit pas occulter les infractions du quotidien. «La vigilance doit rester entière, en particulier face aux violences intrafamiliales et à celles touchant les enfants», a insisté le procureur général. «L’accompagnement des victimes restera un axe essentiel de mobilisation, depuis le dépôt de plainte jusqu’à l’exécution de la peine. » A plus long terme, le procureur général a abordé l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le champ judiciaire. « Une perspective enthousiasmante », mais aussi « un niveau de risque effrayant », a-t-il résumé. « Son rôle doit être limité à des aspects exclusivement techniques, et en aucun cas décisionnels ». Une manière de conclure sur un principe simple : moderniser la justice, sans jamais renoncer à l’humain.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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