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dimanche 13 septembre 2026
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Tête d’Or (Lyon) et Thabor : deux jardins signés Bühler, mais pas les mêmes égards!

Ils sont nés du même coup de crayon et d’une même fratrie. À quelques années d’intervalle, Eugène et Denis Bühler ont imaginé le parc de la Tête d’Or à Lyon et le Thabor à Rennes. Près de 170 ans plus tard, leurs deux créations semblent pourtant suivre des chemins différents. À Lyon, une charte prépare l’avenir du parc pour les vingt prochaines années et d’importants chantiers patrimoniaux sont engagés depuis quelques temps. À Rennes, malgré quelques belles réalisations, le Thabor paraît davantage vivre au rythme de l’entretien quotidien et d’interventions ponctuelles.

À Lyon, il suffit aujourd’hui de lire les panneaux sur les grilles de la Tête d’Or pour comprendre la philosophie retenue par la municipalité. La ville présente son parc comme un « héritage vivant », qu’il ne s’agit plus seulement d’entretenir, mais de préserver, restaurer et adapter au changement climatique. Pour y parvenir, elle travaille à une nouvelle charte appelée à guider les orientations du parc pendant au moins vingt ans. Paysagistes, architectes du patrimoine, écologues et botanistes ont été associés à cette réflexion, avec les associations et les habitants. Ils affichent trois grandes directions : « faire vivre son histoire », « protéger la nature et notre santé » et continuer à « en profiter ». « Nos politiques ont mis du temps. Mais on peut profiter à nouveau de votre jardin», explique un Lyonnais. 

Un pont d’or pour la Tête d’or
La comparaison avec Rennes doit évidemment être relativisée. Lyon et Rennes n’ont ni la même taille, ni les mêmes moyens, et leurs deux parcs jouent dans des catégories différentes. La Tête d’Or dépasse la centaine d’hectares et accueille quelque 7 millions de visiteurs par an, quand le Thabor s’étend sur une dizaine d’hectares. Mais au-delà des chiffres, une même question demeure : comment conserve-t-on et transmet-on aujourd’hui l’héritage des frères Bühler ?
Élevés à Clamart auprès d’un père pépiniériste, Eugène et Denis Bühler deviennent deux grandes figures de l’art paysager du XIXe siècle. En 1856, ils se voient confier le futur parc de la Tête d’Or, sur quelque 110 hectares de prairies humides et de marécages. Lac, perspectives, bosquets et pelouses vont progressivement donner naissance au parc actuel. Puis les deux frères poursuivent leur œuvre ailleurs en France : jardin botanique de Bayeux, plateau des Poètes à Béziers, squares de Montpellier et, surtout pour les Rennais, le Thabor en 1868.
Un siècle et demi plus tard, Lyon ne veut manifestement plus seulement entretenir leur création. La ville cherche à préparer son jardin aux décennies à venir, en tenant compte des canicules, des pluies violentes, de la baisse du niveau du lac et du vieillissement de la végétation. « Plus de 3 000 arbres ont ainsi dû être abattus au cours des vingt-quatre dernières années,», peut-on lire sur la plaquette. «Les nouvelles plantations doivent désormais être choisies pour mieux résister au climat de demain.»
Les serres, symbole de deux approches
C’est peut-être avec les serres que la différence de traitement devient la plus parlante. À la Tête d’Or, les petites serres construites entre 1897 et 1902 sont elles-mêmes arrivées dans un état critique. Certaines ont été fermées au public dès 2006. Leurs structures métalliques sont très fragilisées et près de 20 % des collections végétales qui s’y trouvaient ont été perdues en une quinzaine d’années. Comme Rennes, Lyon n’a pas été ainsi toujours exemplaire et a, elle aussi, laissé se dégrader une partie de son patrimoine. 

Pour contrecarrer les affres du temps, Lyon veut à la fois restaurer le patrimoine bâti, sauvegarder les collections végétales et conforter le jardin botanique. Elle s’appuie désormais sur ses propres moyens. Mais pas uniquement… Une campagne de dons a été lancée avec la Fondation du patrimoine en novembre 2024. Une première tranche de travaux a commencé en juin 2025 et le projet a ensuite été sélectionné par la Mission Patrimoine en septembre 2025. 

Pour l’agglomération lyonnaise et la Région (appelée à l’aide), l’enjeu dépasse la simple restauration de bâtiments anciens. Le jardin botanique lyonnais veille sur plus de 14 000 espèces végétales, dont 900 menacées d’extinction. Ses 6 500 m² de serres accueillent chaque année quelque 5 000 scolaires et 370 000 visiteurs libres. Les nouvelles installations doivent donc permettre de mieux conserver les plantes, mais aussi d’accueillir le public et les scolaires et de transmettre les connaissances. Certaines plantes conservées dans ces serres ont même disparu dans la nature et constituent de véritables réserves de biodiversité.

À Rennes, les serres du Thabor sont toujours là. Mais elles ont vieilli inexorablement.  Elle symbolisent aussi ce sentiment diffus d’un patrimoine qui, par endroits, s’étiole plus qu’il ne se réinvente. Et elles ne sont pas seules. Au détour des allées, certaines fontaines, sculptures ou encore la grotte mériteraient de retrouver davantage de lustre. Le patrimoine arboré, lui aussi vieillissant et confronté au bouleversement climatique, pose la question de son renouvellement à long terme. «On a l’impression d’un laisser-aller», dénonce un habitué des lieux.

Tout n’est évidemment pas laissé de côté. La roseraie demeure l’un des joyaux du jardin, les jeux pour enfants ont été modernisés, le café participe à la vie du parc et la colonne Vanneau-Papu a bénéficié d’une restauration. Mais l’impression demeure. On est bien plus dans des interventions successives et sporadiques que dans un grand projet embrassant le Thabor dans toutes ses dimensions historiques, architecturales, végétales et de convivialité.
Même Lyon a laissé traîner certains dossiers
Il serait pourtant trop facile d’opposer une Lyon visionnaire à une Rennes immobile. La Tête d’Or possède elle aussi ses dossiers qui ont longtemps attendu. Le Chalet du Parc en constitue un exemple spectaculaire. Abandonné depuis 2013, il devait initialement rouvrir fin 2025. «Sa renaissance aura finalement pris plusieurs années et son ouverture est désormais annoncée pour le 18 septembre 2026», annonce le journal local, Le Progrès.
Outre une grand expo de Yann Arthus-Bertrand, ce bâtiment de 1 700 m² accueillera restaurant, bar, espaces événementiels, expositions et activités autour de l’environnement. Un « jeu immersif » destiné notamment aux familles doit même sensibiliser aux questions d’alimentation, de biodiversité, de climat, d’eau et d’énergie. Le chantier, commencé en avril 2025, représente 7,5 millions d’euros, financés par le groupement privé qui exploitera le site pendant cinquante ans.
C’est peut-être là que se situe la différence entre les deux créations des frères Bühler. À Lyon, une charte fixe un cap pour vingt ans : patrimoine, végétal, biodiversité et usages sont pensés ensemble, avec l’appui de la Fondation du patrimoine et du privé. À Rennes, la ville mène certes une politique volontariste en faveur de la plantation des arbres et de la végétalisation. Mais planter pour la ville de demain ne dispense pas de prendre soin du patrimoine végétal hérité d’hier. Au Thabor, les restaurations existent, mais semblent davantage avancer au coup par coup. Le parc n’est pas abandonné, mais est-il suffisamment pensé comme un tout ? Pendant que Lyon prépare l’avenir de la Tête d’Or, Rennes a-t-elle suffisamment pensé celui du Thabor ?

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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