Le parc du Thabor abrite une vingtaine d’œuvres sculptées installées entre 1825 et 1998. Dans ce jardin, Charles Lenoir, artiste rennais et ancien directeur de l’École régionale des Beaux-Arts, a laissé certaines de ses créations majeures. Entre 1890 et 1895, il y a érigé L’Enlèvement d’Eurydice, La Chasse de Diane et Le Repos de Diane. Ces groupes monumentaux devaient être le socle d’un véritable parcours mythologique au cœur du parc. À leurs côtés, la ville avait accepté l’installation de copies de sculptures classiques et de bustes inspirés de Versailles, exposés à Paris en 1889 puis placés au Thabor en 1895.
Dans le carré du Guesclin, une statue de Bertrand du Guesclin réalisée par Dominique Molknecht fut inaugurée en 1825 avant d’être déplacée, puis détruite par vandalisme en 1950.
Ces sculptures n’étaient pas de simples ornements. Elles avaient une triple fonction. Elles devaient donner au Thabor l’allure d’un parc de prestige, à l’égal de ceux des grandes villes françaises. Elles devaient offrir aux visiteurs des références mythologiques et historiques, accessibles à tous. Enfin, elles devaient témoigner de l’élan artistique de Rennes à la fin du XIXᵉ siècle.
Mais aujourd’hui, ces sculptures, éparpillées entre le jardin à la française, l’allée des tilleuls, le carré du Guesclin et la promenade de l’Enfer, se dégradent inexorablement dans l’indifférence quasi générale. Elles sont envahies de mousse, rongées par l’érosion. Cachée près de la volière, une œuvre de Lenoir se délite même à l’abri des regards, comme rendue à la nature. Le bras de l’une des sculptures laisse apparaître des tiges de métal !
Cent cinquante ans après sa création, le chef-d’œuvre tombe en désuétude à l’abri des regards indiscrets. « Ce n’est pas le seul », convenait un habitué des lieux, encore ce dimanche. « À deux pas de la roseraie, deux petites créations semblent abandonnées à leur triste sort. A Rennes, on créé du neuf, mais oublie le vieux. » Devant les affres du temps, que faire ? La municipalité rennaise doit-elle intervenir ? Doit-elle sauver cet héritage de l’inexorable dégradation ? « On a envie de dire oui et encore oui », estimions-nous dans un édito publié en 2021. On a envie de lui conseiller de contacter les fondations du Patrimoine, les mécènes, l’école régionale des Beaux-Arts (et pourquoi pas de ses élèves) et d’autres institutions pour rendre à Lenoir ce qui est à Lenoir. En gros pour sauvegarder notre bien… » Quatre ans après, rien n’est entrepris pour sauver ces témoins sculptés. Ni appel d’offres ni mobilisation publique. Pas même un signal fort de la municipalité. Ces sculptures forment un musée à ciel ouvert. Fragiles et précieuses, elles attendent toujours qu’on le défende.
Inventaire des principales sculptures : L’Enlèvement d’Eurydice de Charles Joseph Lenoir (1890), près du kiosque à musique. La Chasse de Diane de Charles Joseph Lenoir (1895), à l’extrémité du jardin français. Le Repos de Diane de Charles Joseph Lenoir (vers 1899), au sud de la volière. Copies antiques du Louvre et de Versailles (Faune flûtiste, Faune au chevreau, Jupiter, Ariane, Bacchus, etc.) dispersées dans le jardin à la française. L’Amour prenant un papillon, Le Tireur d’épine et deux exemplaires de L’Enfant à l’oie le long de l’allée des tilleuls. Quatre vases Louis XIV placés aux angles du parterre du jardin français.


