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samedi 24 octobre 2026
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Retour sur une journée d’émeutes

 

La préfète Emmanuelle Dubée craignait le pire. Ce samedi 24 octobre 2026, ses inquiétudes se sont en partie confirmées. Une semaine après les violences du 17 octobre, Rennes a de nouveau été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des individus vêtus de noir. Lacrymogènes, canon à eau, jets de projectiles, tirs de mortiers d’artifice… Pendant près de deux heures, plusieurs rues du centre-ville ont pris des allures de champ de bataille. Mais contrairement au samedi précédent, les pillages semblent avoir été très limités. Retour sur un après-midi sous haute tension.

Tout avait pourtant commencé relativement calmement (voir notre autre article). Malgré l’interdiction préfectorale, confirmée dans la matinée par le tribunal administratif, environ 12 000 manifestants, selon la préfecture, s’étaient retrouvés place de Bretagne à l’appel de la Confédération paysanne, de la FSU et de Solidaires 35. Sous une pluie battante, le cortège, composé de nombreux jeunes, mais aussi de familles et de militants syndicaux, a défilé contre la vie chère et pour la défense des lycéens. Mais après sa dispersion place de la Gare, une partie des manifestants a pris la direction de la place de la République.

Vers 16 h 30, les premières grenades lacrymogènes ont été tirées rue d’Orléans. Très vite, les individus les plus déterminés, souvent vêtus de noir et le visage dissimulé, ont reflué vers l’arrière de la place de la République. Là, la situation est devenue particulièrement confuse. Sous les arcades, les affrontements se sont multipliés entre les forces de l’ordre et des groupes mobiles qui tentaient régulièrement de reprendre du terrain.

Des ardoises, des projectiles et un canon à eau

Le contraste était parfois saisissant. Rue de Nemours, un concert improvisé attirait les applaudissements de quelques manifestants. À quelques dizaines de mètres, les affrontements faisaient rage. Des individus lançaient toutes sortes de projectiles, notamment des ardoises et divers objets, en direction des policiers. En réponse, les forces de l’ordre utilisaient des grenades lacrymogènes et un canon à eau pour repousser les groupes les plus offensifs.

Gavroche rennais. Douze ans à peine pour l’un.

« Acab », entendait-on dans la foule, un slogan hostile à la police. Derrière son objectif, un journaliste parisien ne cachait pas son inquiétude. « Je n’ai jamais vu de manifestations aussi violentes », confiait-il, visiblement impressionné par l’intensité des affrontements. Non loin de là, un secouriste de rue, un « street medic », vivait son baptême du feu. « Pour une première, cela tape fort », reconnaissait-il.

Devant lui, plusieurs individus repartaient à l’assaut, protégés derrière des panneaux de bois utilisés comme boucliers de fortune. Ils progressaient de quelques mètres, tentaient de tenir leur position, puis reculaient sous les nuages de gaz lacrymogène. Quelques secondes plus tard, ils revenaient à la charge. Ce jeu du chat et de la souris se répétait à plusieurs reprises, dans une atmosphère de plus en plus irrespirable.

Des tirs de mortiers sous les applaudissements

Pendant près d’une heure, les affrontements ont été particulièrement violents. Les détonations se succédaient dans les rues du centre-ville. À un moment donné, des mortiers d’artifice ont été tirés rue du Pré-Botté, sous les applaudissements d’une partie des personnes présentes. Entre les explosions, les fumées, les cris et les charges policières, la capitale bretonne prenait des airs d’insurrection urbaine.

Mais progressivement, les forces de l’ordre sont parvenues à reprendre le contrôle de plusieurs axes du sud du centre-ville. Leur progression, appuyée par les moyens de maintien de l’ordre déployés depuis le matin, a contraint les derniers groupes à reculer. Vers 18 h, rue Tronjolly et sur l’esplanade du Général-de-Gaulle, les policiers poursuivaient leur avancée sous des trombes d’eau. Les derniers individus encore mobilisés étaient repoussés en direction du pont de l’Alma.

Moins de pillages, mais toujours autant de tensions

Ces nouvelles scènes de violences rappellent celles du samedi 17 octobre, lorsque le centre-ville de Rennes avait été secoué par des incendies, des affrontements et des pillages de commerces, notamment autour de la République et du centre commercial Colombia. Cette fois, toutefois, les dégradations et les pillages de magasins semblent avoir été nettement moins nombreux, au regard des premières observations sur le terrain. Il faut dire que les autorités avaient anticipé cette journée à haut risque.

Dès vendredi, Emmanuelle Dubée avait annoncé un dispositif exceptionnel comprenant des renforts policiers, des forces mobiles et deux véhicules blindés de la gendarmerie. « À Rennes, nous nous attendons demain à une journée qui pourrait présenter les mêmes niveaux de violence que ce que nous avons pu connaître samedi dernier », avait-elle prévenu.

De la musique entre deux jets de lacrymogènes.

Au terme de cet après-midi mouvementé, une question revient désormais dans les conversations : jusqu’où ira cette succession de manifestations et de violences dans la capitale bretonne ? En deux samedis, Rennes a connu deux journées d’affrontements particulièrement intenses. Si les forces de l’ordre ont progressivement repris le terrain ce 24 octobre, beaucoup redoutent déjà les prochaines mobilisations. «Je ne suis pas bien depuis maintenant une semaine, résumait une commerçante. Quand tout cela va se terminer ! »

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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