Le ton est ferme. Très ferme. En moins de cinq minutes, ce vendredi 23 octobre 2026, la préfète d’Ille-et-Vilaine, Emmanuelle Dubée, a affiché sa détermination depuis le commissariat de Rennes. Aux côtés de Laurence Lairet, directrice interdépartementale de la police nationale, elle a annoncé un dispositif de sécurité renforcé pour le samedi 24 octobre. Policiers supplémentaires, forces mobiles et deux véhicules blindés de la gendarmerie seront mobilisés dans le centre-ville. Malgré l’interdiction préfectorale, plusieurs organisations syndicales maintiennent toutefois leur appel à manifester à 14 h, place de Bretagne, avec le soutien de la députée insoumise Marie Mesmeur.
« Mesdames et messieurs, à la veille d’une journée qui s’annonce à haut risque, samedi 24 à Rennes, je suis venue cet après-midi au commissariat pour assurer de mon soutien la directrice de la police nationale et l’ensemble des policiers qui seront demain déployés sur le terrain. » Une semaine après les violences du samedi 17 octobre, marquées par des pillages, des incendies et des affrontements avec les forces de l’ordre, la représentante de l’État redoute de nouveaux débordements. « À Rennes, nous nous attendons demain à une journée qui pourrait présenter les mêmes niveaux de violence que ce que nous avons pu connaître samedi dernier », prévient-elle.
Pour ce samedi, la préfète évoque la présence possible de « groupes d’ultra-gauche organisés pour faire dégénérer des rassemblements annoncés » et de « casseurs, de pilleurs » qui pourraient chercher à s’en prendre de nouveau aux commerces. Pour éviter une répétition des événements violents du 17 octobre, elle a mis en place avec la directrice de la police nationale un « dispositif renforcé qui reflète les consignes de fermeté données par le ministre de l’Intérieur. »
Deux véhicules blindés dans le centre-ville
Tout au long de la journée, les effectifs du commissariat seront renforcés par d’autres unités de police et des forces mobiles. Surtout, deux véhicules blindés de la gendarmerie nationale seront déployés dans le centre-ville de Rennes. «Ce dispositif doit nous permettre de faire face aux tentatives d’exaction qui pourraient, encore une fois, à nouveau se répéter demain samedi à Rennes», explique Emmanuelle Dubée. Tout particulièrement, les autorités surveilleront les rassemblements annoncés dès le matin sur certains ronds-points, ainsi que les risques pesant sur les bâtiments publics et les centres commerciaux, notamment en périphérie. « Nous serons mobiles, nous serons réactifs. J’ai totale confiance dans ce que nous avons prévu », assure la préfète.
Sur le droit de manifester, Emmanuelle Dubée ne laisse aucune place à l’ambiguïté. « Compte tenu des risques, j’ai procédé à l’interdiction des rassemblements qui étaient annoncés au centre-ville de Rennes. Il n’y aura donc aucune manifestation qui soit autorisée demain au centre-ville de Rennes. » Malgré une déclaration de manifestation parvenue, ce vendredi matin, elle reste ferme. « Cette démarche est trop tardive au regard des obligations légales. Elle ne respecte absolument pas le cadre légal prévu par la loi d’au moins trois jours francs. Elle ne permet pas d’organiser les mesures nécessaires à la protection des commerces et des personnes», explique-t-elle.
Questionnée sur le parcours évoqué sur les réseaux sociaux, notamment par le mail François-Mitterrand, elle répond sèchement : « Il n’y a pas de parcours parce qu’il n’y a pas de rassemblement autorisé. » Avant de prévenir : « Tout cortège qui se déploierait est un cortège sauvage, non autorisé et interdit. » Malgré cette interdiction, plusieurs organisations entendent maintenir leur mobilisation contre la vie chère, l’autoritarisme et les restrictions au droit de manifester. La Confédération paysanne d’Ille-et-Vilaine, la FSU et Solidaires 35 appellent toujours à un rassemblement samedi 24 octobre, à 14 h, place de Bretagne.
Ce samedi, les organisations proposent un parcours de 3,33 kilomètres, partant de la place de Bretagne pour rejoindre le mail François-Mitterrand, la rue Claude-Bernard, le boulevard de Guines, le boulevard du Colombier, le boulevard Beaumont et enfin la place de la Gare. Depuis cette après-midi, elles ont reçu le soutien de la députée insoumise d’Ille-et-Vilaine, Marie Mesmeur, dans un communiqué publié ce vendredi 23 octobre. « Le droit de manifester n’est pas une faveur du pouvoir : c’est une liberté constitutionnelle », affirme-t-elle.
La parlementaire critique au passage les méthodes de maintien de l’ordre employées lors des manifestations du 17 octobre à Rennes. Elle évoque notamment « des grenades lancées dans la foule, des jeunes conduits aux urgences et des familles traumatisées. » Pour Marie Mesmeur, les interdictions annoncées pour ce samedi constituent une nouvelle étape dans ce qu’elle décrit comme une politique de répression. « Ce samedi à 14 h, elle sera déterminée, aux côtés des manifestants. » Une semaine après les scènes de violences qui ont marqué le centre-ville, la question est désormais de savoir si les appels à la mobilisation seront suivis et comment les forces de l’ordre réagiront à d’éventuels cortèges. Mais du côté de l’Etat, on se veut ferme. « Il n’y a aucun rassemblement, aucune manifestation qui soit autorisée demain à Rennes. »


