Une semaine après les violences urbaines qui ont secoué Rennes, la préfecture d’Ille-et-Vilaine serre la vis. Dans un communiqué diffusé dans la soirée du jeudi 22 octobre 2026, elle a annoncé l’interdiction des manifestations dans l’hypercentre, jusqu’au boulevard de la Liberté inclus, pour ce samedi 24 octobre. Cette décision, prise par la préfète Emmanuelle Dubée, intervient alors que de nouveaux appels à la mobilisation circulent sur les réseaux sociaux. Selon les services de l’État, aucune manifestation n’avait été déclarée au moment de cette annonce. Mais la réponse syndicale ne s’est pas fait attendre.
Dans la nuit du jeudi au vendredi 23 octobre, vers 1 h 30, Solidaires 35 a répliqué en maintenant son appel à manifester. « Face à la répression, les interdictions de manifester et de se rassembler et au tournant autoritaire qui s’abat, nous prenons nos responsabilités et avons déposé un parcours de manifestation pour le samedi 24 octobre », explique l’organisation dans un message transmis à la presse. Elle confirme son rendez-vous à 14 h, place de Bretagne, à Rennes, afin de poursuivre la mobilisation contre la vie chère, mais également défendre la liberté de manifester.
Dans son communiqué, Solidaires 35 critique vivement les déclarations du président de la République, Emmanuel Macron, concernant l’encadrement des prochains rassemblements. « La liberté de manifester n’est pas une faveur présidentielle. C’est un droit fondamental qui bénéficie d’une protection constitutionnelle », affirme l’organisation. Elle conteste notamment la distinction envisagée entre les manifestations organisées par des syndicats et celles émanant d’autres collectifs. « C’est délirant de vouloir faire croire que le pouvoir pourrait trier les manifestations selon leurs organisateurs ! »
Pour Solidaires 35, les décisions gouvernementales ne répondent pas à l’ampleur de la contestation sociale. « Avec la mobilisation de la jeunesse lycéenne et étudiante, c’est une colère populaire qui s’exprime et explose partout dans le pays », écrit Fabienne Portanguen, au nom de Solidaires 35. « Le pouvoir et le patronat doivent entendre la colère populaire et ses exigences de justice sociale. » Au-delà de cette confrontation avec les autorités, Solidaires 35 souhaite replacer les revendications sociales au centre du débat. L’organisation demande une augmentation générale des salaires, leur indexation sur les prix, la taxation des superprofits et un meilleur partage des richesses. Elle réclame également « un budget juste qui réponde aux besoins de la population », avec notamment 10 milliards d’euros pour l’éducation.
Pour Soldaires 35, les mobilisations du 24 et du 31 octobre doivent préparer une nouvelle étape, le 5 novembre, date annoncée d’une grève intersyndicale. Pour Solidaires, cette journée doit « s’inscrire dans la continuité du mouvement en cours ». De son côté, la préfecture justifie les restrictions par les débordements constatés lors de précédentes manifestations et particulièrement par les violences du samedi 17 octobre. Ce jour-là, plusieurs commerces avaient été pillés, des vitrines brisées et des barricades incendiées. Cinquante-trois personnes avaient été interpellées. Pour les autorités, il s’agit d’éviter de nouveaux troubles à l’ordre public et de protéger les commerces encore fragilisés.
Reste désormais une question : le parcours déposé par Solidaires 35 pourra-t-il être emprunté par les manifestants ? La déclaration du syndicat ne vaut pas, à elle seule, autorisation de défiler dans le périmètre interdit. À la veille de cette nouvelle journée de mobilisation, les positions semblent donc bien éloignées. D’un côté, la préfecture entend préserver l’ordre public. De l’autre, Solidaires 35 ne veut rien céder sur le droit de manifester. « Nous continuerons à nous organiser, à revendiquer et à occuper l’espace public pour faire entendre nos exigences », prévient le syndicat.


