Salle quasi pleine, applaudissements nourris et visages connus sur scène. Lundi 2 février au soir, à L’Étage, la maire sortante Nathalie Appéré a officiellement lancé sa campagne pour les municipales de 2026. Elle a dévoilé les 61 noms de sa liste, baptisée Rennes solidaire, devant un public largement acquis à sa cause et appelé à se mobiliser par le PS. Le lancement a été sans surprises devant au moins 900 personnes.
Dans une mise en scène millimétrée par des communicants, mais sans créativité, les prises de parole étaient calibrées dans un enchaînement le plus fluide possible. Elles devaient être une démonstration de force tranquille. Sur le papier, Rennes solidaire rassemble douze formations politiques et ratisse large. Mais dans les faits, les socialistes et les écologistes se partagent l’essentiel des places éligibles en cas d’élection, à quasi-égalité, reproduisant presque à l’identique la composition de la majorité actuelle.
Les autres composantes — communistes, Génération.s, Place publique, UDB ou mouvements plus récents — existent, mais elles restent cantonnées à un rôle d’appoint, voire secondaire. Sur les 45 premières places, celles qui donnent accès au conseil municipal en cas de victoire, près de deux tiers sont occupés par des élus sortants ou des cadres, voire des ex-assistants parlementaires.
On est ici bien loin de l’ouverture vers les citoyens lambdas, vers la société civile.
Plusieurs figures en seraient même à leur troisième mandat, voire davantage. Les « poids lourds » de la majorité sont solidement installés en tête de liste, malgré la mise en avant d’un renouveau de près de 50 %. Mais, cette donnée masque une autre réalité : le renouvellement est nettement plus faible là où se décide le pouvoir. Les nouveaux visages sont nombreux en bas de liste, là où les chances d’élection sont faibles. À l’inverse, les places stratégiques restent occupées par des élus expérimentés ou des profils déjà très politisés.
Autre élément marquant : la présence importante d’anciens ou d’actuels assistants parlementaires et collaborateurs d’élus. Léo Beaufils, Romain Poujol, Matthieu Groseil ou encore Nicolas Délerin incarnent cette trajectoire désormais classique, du Parlement à l’Hôtel de ville. Léo Beaufils est collaborateur du groupe écologiste à la ville de Rennes, Romain Poujol, attaché parlementaire du sénateur écologiste Daniel Salmon, Matthieu Groseil, ancien collaborateur parlementaire du député Tristan Lahais, ou encore Nicolas Délerin, 22 ans, ancien attaché parlementaire et actuel responsable des Jeunes socialistes d’Ille-et-Vilaine. Leur présence démontre une liste très politique, en ordre de bataille pour se maintenir coûte que coûte à l’hôtel de ville.
C’est sans doute le point le plus sensible. Rennes solidaire est avant tout une liste de cadres. Fonction publique, ingénierie, enseignement, monde associatif professionnel, chargés de mission : les professions intellectuelles et intermédiaires dominent très largement. Les représentants des classes populaires sont en revanche rares, à l’exception de quelques employés, d’une guichetière, une auxiliaire de vie, une aide-soignante retraitée. Ces profils sont heureusement bienvenus, mais ils sont relégués à des positions non éligibles.
Dans une ville marquée par des inégalités sociales fortes, des quartiers populaires sous tension et une précarité croissante, cette sous-représentation pose question. Autre paradoxe : annoncée comme rajeunie, la liste affiche un âge moyen plus élevé qu’en 2020. On passe de 44,9 ans à 46,5 ans. Certes, quelques très jeunes candidats sont mis en avant, mais là encore, surtout en fin de liste. Le cœur du pouvoir municipal reste entre les mains d’une génération déjà bien installée, politisée, rodée aux responsabilités, mais peu renouvelée.
Avec cette liste, Nathalie Appéré fait un choix assumé. Elle veut sécuriser, rassurer, éviter toute prise de risque. Cette stratégie est cohérente dans une ville historiquement ancrée à gauche. En revanche, elle pourrait peiner à mobiliser au-delà du noyau militant et institutionnel. Dans un contexte d’abstention élevée aux municipales, une question reste ouverte : cette gauche très organisée, très compétente et homogène, saura-t-elle parler à l’ensemble des Rennais ? En tout cas, hier soir, elle a fait attention à ne pas attaquer frontalement les Insoumis…
La liste : Nathalie Appéré, 50 ans, maire de Rennes et présidente de Rennes Métropole ; Marc Hervé, 42 ans, chargé d’analyse financière ; Gaëlle Rougier, 47 ans, chargée de recherche ; David Travers, 54 ans, médecin hospitalier public ; Priscilla Zamord, 43 ans, déléguée syndicale ; Christophe Fouillère, 52 ans, conseiller jeunesse et sports ; Lénaïc Briéro, 53 ans, responsable de mission ; Matthieu Theurier, 41 ans, chargé de mission en économie sociale et solidaire ; Valérie Faucheux, 52 ans, assistante administrative et financière ; Yannick Nadesan, 42 ans, ingénieur ; Rozenn Andro, 48 ans, formatrice ; Léo Beaufils, 31 ans, chargé de mission ; Claire Sonnet, 27 ans, chargée de mission jeunesse ; Justin Amiot, 47 ans, ingénieur agronome ; Flavie Boukhenoufa, 43 ans, directrice d’association ; Jean-François Monnier, 49 ans, auxiliaire de vie ; Lucile Koch, 37 ans, professeure des écoles ; Olivier Roullier, 47 ans, coordonnateur de réseau d’éducation prioritaire ; Valérie Kerauffret, 55 ans, guichetière à La Poste ; Patrice Depeige, 52 ans, sapeur-pompier ; Charline Birault-Souchez, 34 ans, responsable éditoriale ; Sébastien Sémeril, 50 ans, juriste ; Myriam Sahbi-Tollemer, 39 ans, ingénieure de recherche ; Éric Chevet, 58 ans, professeur agrégé de philosophie ; Laurence Duffaud, 56 ans, directrice d’association ; Didier Chapellon, 57 ans, enseignant ; Cécile Papillion, 54 ans, journaliste d’entreprise ; Honoré Puil, 66 ans, professeur agrégé retraité ; Sélène Tonon, 38 ans, ingénieure et enseignante ; Romain Poujol, 41 ans, chargé de mission ; Maud Lénée-Corrèze, 29 ans, journaliste ; Cyrille Morel, 58 ans, responsable administratif ; Nadira Dera Illa Salifou, 26 ans, gestionnaire de services ; Xavier Desmots, 50 ans, responsable d’association ; Montserrat Casacuberta, 58 ans, enseignante du secondaire ; Arnaud Stéphan, 47 ans, artiste dramatique ; Béatrice Hakni-Robin, 53 ans, directrice des services municipaux ; Gabriel Montabord, 26 ans, cadre de la fonction publique ; Isabelle Pellerin, 60 ans, professeure d’université ; Ludovic Brossard, 45 ans, chargé de mission agriculture et biodiversité ; Hélène Le Borgne, 38 ans, auditrice finance ; Didier Le Bougeant, 59 ans, enseignant en lycée agricole ; Assia Aïch, 36 ans, chargée de développement territorial ; Matthieu Groseil, 37 ans, chargé de mission ; Katherine Peu, 41 ans, directrice technique ; Philippe Chiron, 57 ans, enseignant ; Élisabeth Chavanne, 65 ans, retraitée aide-soignante ; Vincent Burnand, 48 ans, économiste statisticien ; Adélaïde Graeber Dulac, 24 ans, professeure des écoles ; Nicolas Délerin, 22 ans, étudiant en droit ; Laurine Couffignal, 38 ans, directrice de projet ; Frédéric Bourcier, 60 ans, gérant de société ; Béatrice Lebossé, 61 ans, secrétaire médicale ; Quentin Vazeille, 30 ans, ingénieur agronome ; Angèle Le Prigent, 29 ans, consultante en action publique ; Xavier Henry, 44 ans, directrice d’établissement public ; Isabelle Brimbeuf, 62 ans, psychologue ; Benoît Careil, 64 ans, directeur d’association ; Léna N’Diaye, 50 ans, ingénieure informaticienne.



