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quatre ans après la fusillade de Maurepas : entre peur et résignation des témoins

Vers 16 h 40, le 24 juin 2022, deux hommes circulant à scooter avaient ouvert le feu à l’arme automatique sur des trafiquants, allée de Brno, avant que des tirs ne visent trois policiers présents à proximité. Aucun blessé n’avait été à déplorer. Ce lundi, devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, les habitants et professionnels du quartier appelés à témoigner ont raconté cette journée et, pour certains, la peur qui ne les a jamais vraiment quittés.

À la barre, un bibliothécaire de 51 ans cherche ses mots. Quatre ans ont passé et, aujourd’hui, il dit surtout se souvenir du bruit. « Je travaillais dans la bibliothèque municipale. J’ai entendu des grosses cylindrées, puis des détonations. Voilà ce qui me revient en mémoire. » Ce lundi, ses souvenirs sont beaucoup moins précis. À plusieurs reprises, le quinquagénaire répond qu’il ne sait plus ou ne se rappelle pas. « Le lendemain de la fusillade, j’étais en état de choc total », explique-t-il.

la peur au-delà de la volonté de bien faire

L’homme parle peu et paraît mal à l’aise lorsqu’il lui faut replonger dans cet univers qu’il a côtoyé professionnellement pendant des années.  « Je passais tous les matins devant les guetteurs. Ces jeunes étaient suspicieux et tendus. Ils avaient déposé un cache sur la caméra arrière d’un véhicule de la mairie. » Puis vient cette phrase : « Du perchoir, on voit tout ce qui se passe… J’espérais être en sécurité, mais cela n’a pas été le cas. La violence m’a rattrapé. »

Le jour de la fusillade, dit-il, l’homme s’est « effondré ». Il sera ensuite arrêté plusieurs mois et ne travaille désormais plus dans cette bibliothèque. Interrogé sur son anxiété par Thierry Fillion, avocat des policiers, il reconnaît avoir été « un peu terrorisé par la pression que cela faisait peser sur la population ». « Cela me rappelle de mauvais souvenirs. » Même lorsque la défense tente de préciser combien de temps il est resté devant la fenêtre, les souvenirs restent imprécis.  « Je n’arrive pas à me rappeler. Je me souviens de l’Audi noire. »

Une autre bibliothécaire travaillait elle aussi ce jour-là. « J’ai tout de suite compris que c’étaient des coups de feu. » Son témoignage décrit un environnement où le trafic avait fini par faire partie du paysage quotidien. « On entendait des sifflements, des guetteurs, mais avec l’habitude, on faisait abstraction. » Plus loquace, une mère de famille de 38 ans se trouvait cet après-midi-là avec ses deux enfants. Aux premières détonations, elle leur demande de se baisser et de courir vers leur immeuble. « J’ai pensé à des pétards. Mais quand j’ai entendu quelqu’un crier : “Cachez-vous !”, j’ai compris que c’était sérieux. »

Son témoignage dépasse lui aussi le seul récit du 24 juin 2022. « Les trafics, c’est très courant », explique-t-elle à la cour. Elle se souvient de « jeunes vêtus de noir, posés sur des sièges et de guetteurs dont la présence était devenue habituelle dans le secteur. Quatre ans plus tard, elle observe toutefois une évolution. « C’est plus calme. » Dans les jours ayant suivi la fusillade, plusieurs habitants de Maurepas avaient déjà fait part dans la presse de leur inquiétude face aux violences liées au trafic de stupéfiants. Quatre ans plus tard, devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, les souvenirs ne reviennent pas tous avec la même précision. La mère de famille raconte. Quant au bibliothécaire de 51 ans, ses quelques phrases disent à elles seules ce que cette journée a représenté pour lui : « J’espérais être en sécurité. (…) La violence m’a rattrapé. »

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