Face à la progression de l’usage détourné du protoxyde d’azote, la préfecture d’Ille-et-Vilaine durcit les règles. À compter du 1er octobre et jusqu’au 31 décembre 2026, son utilisation à des fins récréatives sera interdite dans tout le département. La détention et le transport des bonbonnes seront également prohibés, sauf exceptions. Les forces de l’ordre pourront verbaliser et saisir les contenants.
Le « gaz hilarant » n’amuse plus vraiment les autorités. Dans un arrêté signé le 23 septembre, la préfète d’Ille-et-Vilaine, Emmanuelle Dubée, prend une série de mesures applicables à l’ensemble du département. La première d’entre elles interdit « l’utilisation de protoxyde d’azote, sous quelque forme que ce soit, à des fins récréatives» à compter du 1er octobre pour trois mois.
La préfecture va plus loin. La détention et le transport de protoxyde d’azote seront également interdits, à l’exception des petites cartouches dont le poids individuel ne dépasse pas 8,6 grammes, dans la limite d’un conditionnement de dix cartouches. Les professionnels pouvant justifier d’un intérêt à transporter ou détenir du protoxyde d’azote ne sont pas concernés.
Violences, dégradations et infractions routières
Pour justifier ce tour de vis, la préfecture évoque une consommation qui s’est banalisée chez les adolescents et les jeunes adultes, dans les soirées mais aussi désormais en dehors de tout contexte festif. Elle fait état d’une « recrudescence depuis 2019 ». Surtout, les services de police et de gendarmerie d’Ille-et-Vilaine signalent régulièrement des faits liés à cette consommation : violences physiques, dégradations de biens et infractions au code de la route.
Pour illustrer son propos, l’arrêté donne quelques exemples des troubles rencontrés. Il évoque des nuisances sonores, des attroupements et des rixes, notamment lors de rassemblements festifs à caractère musical. La conduite sous l’influence du protoxyde d’azote est également pointée du doigt en raison du danger qu’elle représente pour le conducteur et les autres usagers de la route. Le texte entre même dans le détail des produits utilisés. Le protoxyde d’azote est notamment présent dans les cartouches pour siphons à chantilly, certains aérosols ou encore des bonbonnes utilisées en médecine et dans l’industrie.
Des « crackers » pour remplir les ballons
Autre exemple cité par la préfecture : les « crackers ». Derrière ce nom se cache un accessoire métallique permettant de transférer facilement dans un ballon le protoxyde d’azote contenu dans une cartouche, avant son inhalation. L’arrêté mentionne au passage le protoxyde d’azote aromatisé, conçu pour rendre son inhalation plus agréable. Mais dans tous les cas, la vente, la distribution et la détention de tout produit destiné spécifiquement à faciliter l’extraction du protoxyde d’azote afin d’en obtenir des effets psychoactifs seront interdites dans l’ensemble de l’Ille-et-Vilaine.
La préfecture pointe aussi un phénomène bien visible : les cartouches, bouteilles et bonbonnes abandonnées dans l’espace public. « Cet usage détourné génère une pollution récurrente, visible et incitative, qui peut également présenter un danger pour les piétons », indique la préfecture. L’abandon dans l’espace public de tout récipient ayant contenu du protoxyde d’azote sera donc expressément interdit. Des risques qui peuvent être graves
Derrière ces mesures se trouve aussi un enjeu sanitaire. L’arrêté rappelle les risques immédiats liés à l’inhalation : asphyxie par manque d’oxygène, perte de connaissance, brûlures par le froid, vertiges, désorientation ou encore chutes. À forte dose ou en cas d’utilisation régulière, les autorités sanitaires mettent en garde contre des atteintes de la moelle épinière, une carence en vitamine B12, une anémie, des troubles psychiques ou encore un AVC.
La législation nationale interdit déjà la vente ou l’offre de protoxyde d’azote aux mineurs. Le vendeur doit s’assurer de la majorité de l’acheteur. Provoquer un mineur à détourner un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs est par ailleurs puni de 15 000 euros d’amende. À compter du 1er octobre et jusqu’au 31 décembre 2026, policiers et gendarmes pourront verbaliser les contrevenants et procéder à la saisie des contenants. Avec cet arrêté départemental, la préfecture entend ainsi agir à la fois sur les risques sanitaires, les troubles à l’ordre public, la sécurité routière et les déchets abandonnés sur la voie publique.


