On avait refermé les pages de Guerres précieuses avec une certaine délectation. En parcourant Conque, le deuxième ouvrage de la Rennaise Perrine Tripier, on n’a pas le choix. On doit encenser cette jaune autrice pour la confirmation de son talent. Pour son deuxième roman, elle s’impose comme une valeur certaine de Gallimard. Ce qui n’a rien d’une mince affaire quand on est attendu au tournant de la critique !
Conque est comme un trésor remonté des grèves de Saint-Malo. On le lit d’un trait sur une terrasse à Dinard, face au Grand Bé où dort pour l’éternité François-René de Chateaubriand. Quel est le rapport, me direz-vous ? Mais là où l’auteur des Mémoires d’outre-tombe s’égare parfois dans ses plaines littéraires — il ne faut pas relire le Génie du Christianisme — Perrine Tripier livre un récit dense, riche, sans fioritures.
Son style, c’est une farandole de mots parfois arrachés à un dictionnaire oublié. Mais cela fonctionne d’autant plus étonnamment que l’autrice est une jeune femme de son temps. Dans son écriture, il y a ce refus de bâcler. Il ya cette obsession de la langue belle qui flirte avec Marcel Proust, avec cette langue riche parsemée sans doute de belles inspirations.
Dans son roman, le personnage principal, Martabée, est une femme, une historienne. Professeure respectée à l’université impériale, elle est convoquée par l’empereur lui-même. Elle doit superviser des fouilles archéologiques sur les terres d’un ancien peuple, les Morgondes. En exhumant ces guerriers roux des limbes de l’histoire, elle doit légitimer le pouvoir en place. Elle doit mettre la science au service du mythe.
Mais tout ne se passe pas comme prévu. Ce qui se voulait une illustre opération de prestige au profit d’un gouvernement se transforme en dilemme. Et c’est tout l’intérêt du livre. « Ce qui m’a donné envie d’écrire, c’est un cours de latin au collège. On y apprenait que Jules César se disait descendant de Vénus. J’ai trouvé ça fou. Qu’un homme politique se revendique d’une déesse pour légitimer son pouvoir. Mais, j’ai compris que c’était un procédé récurrent dans l’histoire, surtout dans les périodes de nationalisme. Ce qui m’intéressait, c’était d’aller voir ce qu’on fait dire aux ancêtres, comment l’héroïsme craque, comment l’histoire est manipulée. » Perrine a réussi son pari !



