Vers 13 h 40, ce 17 mars 2021, une altercation éclate entre deux individus venus à la rencontre de cinq Tchétchènes. Devant le Carrefour City du quartier Cleunay, à Rennes (Ille-et-Vilaine), un endroit « connu » pour être un point de deal historiquement tenu par « La Chèvre », Hamzat Labazanov est tué d’une balle en pleine tête. Son frère est blessé à la hanche, avant une course-poursuite ponctuée de nouveaux tirs et l’arrestation de l’auteur par les policiers rennais.
Cette semaine, la cour d’assises se penchait sur ce dossier. Trois hommes, Saraba Diane, Lansana Diakhaby et Banffa Drame, sont renvoyés devant les magistrats. Mais dans cette affaire, il y en a peut-être une seconde. Avocat de Lansana Diakhaby, Me William Pineau avait adressé un courrier à la juge d’instruction dès le 30 janvier 2024 pour dire une seule chose : son client ne savait pas ce qui se passerait ce 17 mars ! Au premier jour et tout au long du procès, Lansana l’a répété… d’ailleurs à plusieurs reprises. « J’étais là, mais je ne connaissais pas les intentions de Saraba. Et si j’avais su, je ne serais pas venu », a affirmé ce jeune homme aujourd’hui de 26 ans.
Il ne savait pas ce qui se passerait
Une thèse qui a surpris ! Une thèse qui pourrait être étayée par celle de Suleymane Labazanov, âgé de 29 ans et blessé lors de l’altercation. A la barre, le frère a laissé entendre que Lansana Diakhaby puisse être réellement « sincère ». Immédiatement, William Pineau a pris la balle au rebond. « Cette capacité d’expression d’un doute sur la responsabilité de quelqu’un — là où la colère et la haine seraient légitimes — traduit pour moi une grande intelligence ».
Son client Lansana Diakhaby a alors eu à son tour des mots pour la famille des victimes. « Je suis attristé, ça me brise le cœur de les entendre… J’ai des frères, une mère, je comprends la situation », a-t-il soufflé. De l’autre côté de la barre, les proches ont défilé à la barre pour dépeindre un tout autre portrait du défunt que celui dressé par les enquêteurs. Pour eux, pas de doute, ce jeune tchétchène de 23 ans ne sécurisait pas le point de deal » tenu par « les zupards » [trafiquants de la zone à urbaniser en priorité, NDLR]. « Il était toujours prêt à donner un coup de main et à faire passer le bonheur des autres avant le sien », confie un de ses frères.
Dans cette famille, Suleymane Labazanov, âgé 29 ans — le blessé — est peut-être celui qui en sait plus ! À la barre de la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, il a rembobiné cette journée qui a basculé en « quelques secondes », où il a « failli mourir » et où il a « perdu un frère ». Il est revenu sur la scène, filmée par les caméras du Carrefour City. Le jour du drame, Saraba Diane et Lansana Diakhaby affirment, eux, être simplement venus pour « discuter » et « donner une leçon » aux Tchétchènes afin de venger l’un des leurs, frappé quelque temps auparavant. « J’en veux pour preuve », a dit en substance le jeune Lansana. « Je n’étais pas armé », a-t-il ajouté, soulignant au passage la « certaine désorganisation » qui a caractérisé leur fuite.
Le premier Saraba Diane sera interpellé quasi immédiatement après avoir braqué les policiers, et le second Lansana Diakhaby après avoir perdu une chaussure dans la bataille… Ce jeudi 11 décembre, devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, l’avocate générale a requis vingt-sept années de réclusion criminelle contre l’auteur, Saraba Diane, quatorze années contre le complice Lansana Diakhaby. Douze ans de prison ont enfin été réclamés pour Banffa Drame, toujours « en fuite » à ce jour, pour des tirs survenus quatre jours plus tôt à Bréquigny (et liés sans doute à ce dossier). Article écrit avec PressPaper


