À seulement 5 ans et demi, la moitié de la vie de cette fillette était un enfer. Précisément une semaine sur deux, lorsqu’elle était en garde chez son père. Le voisin, un homme de 65 ans, l’agressait sexuellement.
ATTENTION, CONTENU SENSIBLE
À Corps-Nuds, la situation est plus que précaire chez ce couple recomposé. Alors que le père a la garde de sa fille de 5 ans et demi une semaine sur deux, il fait régulièrement appel au voisin pour jouer les baby-sitters. Le père et sa nouvelle épouse n’ont rencontré l’homme de 65 ans que peu de temps auparavant, mais le couple lui fait rapidement une confiance sans faille. L’homme est sous curatelle renforcée et ne travaille plus depuis 25 ans.
Le soir, ils lui demandent de garder la petite lorsqu’ils sortent. Le week-end, il les accompagne en voiture lors de leurs virées à Brest.
Dans la chambre de l’enfant, il la touche au niveau du sexe. Idem à l’arrière de la voiture, quand le père est au volant.
L’hôpital tire la sonnette d’alarme
Le 26 février 2024, la petite est conduite à l’hôpital suite à une mauvaise chute en patins. Au médecin, elle se confie. « Il y a deux semaines, quand on était à Brest, Papa faisait une sieste dans la voiture et le voisin m’a touché sous la culotte. Et ce n’est pas la première fois. » Les soignants signalent immédiatement les faits. Le 5 mars, le procureur de la République ordonne une enquête au groupe spécialisé de Vitré.
Avec les enquêteurs, l’enfant est très précise. Elle relate les nombreux gestes de celui qu’elle appelle « le méchant ». Elle déclare aux gendarmes que jusque-là, elle s’était tue de peur de se faire gronder par son père. Et c’est exactement ce qui va se passer.
La fillette parle, on ne la croit pas
« Tu n’es qu’une menteuse ! » C’est ce que le père rétorque à sa fille quand, en larmes, elle lui raconte son calvaire. Lui et sa femme considèrent malgré tout le voisin comme un « papa de cœur ». Lorsque la maman est mise au courant et qu’elle confirme à son ex-conjoint avoir constaté des rougeurs sur les parties intimes de sa fille, il lui répond « C’est sa faute. Elle s’essuie mal. » Il s’enfonce dans un déni incompréhensible. Un aveuglement malsain. Il va jusqu’à envoyer un SMS au voisin, s’excusant pour les mensonges de la petite. Pourtant, tout est vrai. Elle vit un enfer auquel la justice va mettre un terme. Mais la fillette est déjà détruite.
Des viols organisés sur Internet
Les gendarmes vont découvrir des dizaines de clichés pédopornographiques sur l’ordinateur du voisin. Cinq comptes Facebook, trois comptes TikTok sur lesquels il discute avec des enfants et des adolescentes. Lors de ses auditions, il avoue être actif sur des sites internet où des hommes proposent de filmer le viol de leur propre enfant. « Mais je n’ai rien fait. J’ai juste regardé », se justifie le prévenu, tremblant à la barre du tribunal. « Ne minimisez pas. Ne mentez pas. Je connais chaque virgule de ce dossier », lui répond le juge Lavallière qui encaisse les déclarations depuis le début de l’audience.
Lorsque le procureur prend la parole, le prévenu s’écroule. Écarlate, il pleure. « Je regrette. Je regrette », entend-on entre deux sanglots.
Après en avoir délibéré, le tribunal n’a pas suivi les réquisitions du procureur qui recommandaient le port d’un bracelet électronique, et condamne le prévenu à deux ans de prison ferme avec maintien de détention. À sa sortie, il sera suivi pendant cinq ans dans le cadre d’un suivi socio-judiciaire. Il sera alors interdit au prévenu d’apparaître à proximité d’une école où de quelconque événement accueillant des mineurs, à vie. Son bannissement numérique a été prononcé ainsi que son inscription au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS).
En levant l’audience, le juge s’est adressé à la maman dans la salle : « Madame, merci de dire à votre fille que nous, nous l’avons crue. »


