L’annonce d’un investissement de 109 milliards d’euros de la France dans l’IA a fait la une des journaux lors de sa présentation à l’occasion du Sommet d’action sur l’IA à Paris en février 2025. Mais si vous êtes à Rennes, la question la plus intéressante à se poser est de savoir si une partie de cet investissement colossal est susceptible d’avoir un impact au niveau local.
En effet, la capitale bretonne dispose déjà d’un écosystème numérique et de recherche solide ; elle ne partira donc pas de zéro. Le véritable défi sera de voir si cette offensive française en matière d’IA se traduira par de nouveaux partenariats de recherche, un meilleur accès aux infrastructures informatiques, des opportunités pour les entreprises locales et des emplois permettant de retenir les diplômés qualifiés en Bretagne.
Que couvre réellement cet investissement ?
Tout d’abord, il convient de faire une distinction importante : il ne s’agit pas d’une enveloppe unique de fonds publics en attente de distribution. Le chiffre annoncé recouvre en réalité un ensemble d’investissements annoncés autour du sommet de février 2025, comprenant des projets du secteur privé, des infrastructures, des capacités de calcul, ainsi que le soutien à la recherche et à l’innovation. Il faut garder à l’esprit qu’il existe une différence entre les investissements annoncés, les fonds fermement engagés et les financements qui parviennent effectivement aux projets sur le terrain. Ainsi, un vaste plan d’investissement national n’aura que peu d’impact au niveau local si les organisations bretonnes ne peuvent pas accéder aux projets, aux partenariats et aux infrastructures qui en découlent.
Pourquoi la France accélère-t-elle ses ambitions en matière d’IA ?
La France souhaite renforcer sa position dans un paysage de l’IA dominé par les États-Unis et la Chine… ce qui implique de voir au-delà des logiciels et des derniers outils d’IA générative. En effet, le développement de l’IA est extrêmement gourmand en ressources : il nécessite de la puissance de calcul, des centres de données, de l’électricité, des chercheurs et des personnes possédant les compétences nécessaires pour transformer cette technologie en quelque chose d’utile. Se pose également la question plus large de la souveraineté technologique : dans quelle mesure l’Europe devrait-elle contrôler elle-même les infrastructures qui sous-tendent son économie de l’IA ?
Des engagements d’investissement majeurs peuvent également attirer l’attention sur les perspectives économiques plus larges de la France et sur la position de l’Europe sur les marchés mondiaux. Pour ceux qui suivent forex trading, les évolutions qui affectent l’investissement, la compétitivité et les perspectives économiques peuvent s’inscrire dans le contexte plus large entourant l’euro. La dynamique d’investissement de la France concerne donc autant l’attractivité industrielle et les capacités de recherche que les produits d’IA. Cela crée alors une opportunité pour les villes au-delà de Paris, à condition qu’elles disposent déjà des fondements nécessaires pour y participer. (Et c’est le cas de celle-ci.)
Pourquoi Rennes est-elle importante ?
La capitale bretonne s’est forgé depuis des années une réputation de pôle numérique et de recherche majeur en dehors de Paris ; après tout, elle abrite l’université de Rennes, l’Inria Rennes Bretagne-Atlantique et l’IRISA, ainsi que l’écosystème plus large de French Tech Rennes Saint-Malo. Ensemble, ces institutions forment un réseau établi reliant la recherche universitaire, la technologie et les entreprises.
Les retombées de la dynamique française en matière d’IA devraient se manifester progressivement dans ces régions : une nouvelle collaboration de recherche par-ci, le recrutement d’un spécialiste par-là. Peut-être un meilleur accès aux ressources informatiques, ou encore l’implication d’une entreprise locale dans un contrat technologique d’envergure (ou même un jeune diplômé trouvant un poste dans l’IA près de chez lui plutôt que de devoir déménager à Paris ou dans un autre grand pôle technologique). Même si, pris isolément, ces développements peuvent sembler modestes, pris dans leur ensemble, ils pourraient renforcer la position de la ville en tant que pôle technologique de premier plan.
Quels avantages pour les entreprises locales ?
Cette opportunité ne se limite toutefois pas aux universités, aux laboratoires et aux entreprises technologiques. Pour les PME de la ville et de l’ensemble du département d’Ille-et-Vilaine, l’une des questions les plus concrètes est de savoir si la dynamique française en matière d’IA facilite l’adoption de cette technologie.
De nombreuses petites entreprises perçoivent les applications potentielles de l’IA, mais ne disposent pas nécessairement du temps, de l’expertise ou des ressources internes pour déterminer où elle apporte une valeur ajoutée ou un retour sur investissement. Des liens plus étroits entre les universités, les incubateurs, les fournisseurs de technologies et les réseaux d’entreprises locaux pourraient contribuer à combler ce fossé. Cela pourrait se traduire par un soutien plus spécialisé, davantage de sous-traitance technologique et de partenariats, ainsi que par une utilisation de l’IA par les entreprises à des fins pratiques au quotidien.
Mais rien de tout cela ne se fera automatiquement. Si l’accès au financement, à la puissance de calcul et aux contrats majeurs reste concentré dans une poignée de pôles technologiques déjà dominants, les pôles régionaux pourraient se retrouver à former des talents pour finalement les voir partir ailleurs.
En fin de compte, la force de l’écosystème local est importante, mais sa capacité à s’articuler avec le programme d’investissement national plus large le sera tout autant.
La question des infrastructures ne peut être ignorée
Il y a toutefois un autre aspect à prendre en compte dans le débat sur les investissements en IA : plus d’IA signifie une demande accrue en infrastructures informatiques, ce qui soulève des considérations très concrètes. Consommation d’électricité, centres de données, terrains et question de l’emplacement des nouvelles infrastructures… autant de enjeux qui peuvent rapidement devenir très pressants pour les institutions locales.
On comprend aisément que les citoyens soient plus enclins à soutenir de grands projets d’infrastructure lorsqu’ils peuvent voir ce que leur région en retire en contrepartie. En Bretagne, cela pourrait se traduire par des emplois qualifiés, des opportunités de formation, des investissements dans la recherche, des services utiles aux entreprises locales et des liens plus étroits avec l’ensemble du secteur technologique français. Sans avantages locaux tangibles, une stratégie nationale en matière d’IA peut donner l’impression de n’être efficace qu’à l’échelle nationale, plutôt que d’améliorer de manière significative les opportunités au plus près de chez soi.
À suivre
La campagne d’investissement de la France constitue, en fin de compte, une déclaration d’intention forte, mais il reste à voir si cette intention se traduira par des retombées régionales (ou même quelles régions en bénéficieront). Il faudra surveiller la mise en place de nouveaux partenariats de recherche impliquant des institutions locales, et voir si les entreprises bretonnes parviennent à accéder à des projets et contrats d’envergure. Il sera également intéressant de suivre si les PME bénéficient d’un soutien significatif pour adopter l’IA, si les laboratoires renforcent leurs équipes et si les diplômés formés localement trouvent des raisons de construire leur carrière dans la région. L’accès aux infrastructures informatiques sera également un élément à surveiller de près.
Ce sont ces évolutions qui montreront si les ambitions françaises en matière d’IA s’étendent au-delà de ses plus grands pôles ou si elles ne font que renforcer les avantages dont ces pôles bénéficient déjà.
Le mot de la fin
Rennes a certainement de réelles chances de tirer profit de la dynamique française en matière d’IA, étant donné qu’elle dispose déjà d’universités, de chercheurs, de réseaux technologiques et d’entreprises qui lui assurent une place au sein de l’écosystème national de l’IA, en pleine expansion. Ce qui lui manque, c’est la garantie d’une part des investissements.
Si la Bretagne voit se multiplier les projets de recherche, les infrastructures, les opportunités commerciales, les emplois qualifiés et les raisons pour les talents de rester, la campagne d’investissement française pourrait donner un élan significatif au secteur technologique local. Mais si ce n’est pas le cas, ces 109 milliards d’euros resteront un chiffre colossal qui semblera bien loin de la réalité locale


