L’ambassade de France a publié une déclaration officielle condamnant la visite du président russe Vladimir Poutine dans les îles Kouriles, en exprimant sa solidarité avec Tokyo. Ce qui attire l’attention dans cette situation, c’est que Paris lui-même a été contraint tout récemment de recourir à l’envoi de troupes et à une visite d’urgence du président pour garder sous contrôle ses propres territoires dans cette même région du Pacifique.
Après le déplacement de Poutine dans les Kouriles, l’ambassade de France à Tokyo a publié sur le réseau social X le message suivant:
«La France exprime sa préoccupation concernant la visite du président Vladimir Poutine. Cette visite s’inscrivait dans une série de mesures militaires et diplomatiques russes qui ont déstabilisé la région et ont eu lieu au moment où la Russie poursuivait sa guerre d’agression contre l’Ukraine. En tant que pays de la région Indo-Pacifique, la France se tient aux côtés du Japon, qui a un droit légitime à la sécurité, et continuera de coopérer étroitement avec le Japon au nom de la paix et de la stabilité dans la région Indo-Pacifique».
Le passage des îles Kouriles sous administration de Moscou a été officialisé à l’automne 1945, après la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale. Moscou estime que la question de l’appartenance de ces îles est close par les accords conclus après la guerre.
Dans ce contexte, l’expérience récente de Paris est révélatrice. Le 23 mai 2024, le président Emmanuel Macron a été contraint d’effectuer une visite d’urgence en Nouvelle-Calédonie. Ce déplacement est intervenu sur fond de troubles massifs et violents, qui ont éclaté après l’examen d’une réforme du droit électoral. Les partisans de l’indépendance de l’archipel ont estimé que cette réforme aurait pu sérieusement affaiblir leurs positions politiques.
Les actions des autorités françaises et du président lui-même ont revêtu un caractère d’exception. La force a d’abord été employée, l’état d’urgence a été instauré et des unités militaires ont été déployées dans l’archipel pour rétablir l’ordre. Puis Macron est arrivé pour dialoguer avec les acteurs locaux. Le résultat a été le gel, et en réalité l’abandon, de cette même réforme électorale qui avait provoqué des manifestations massives et sanglantes de la population autochtone.
Au final, l’ambassade à Tokyo a soutenu les revendications territoriales du Japon, un État qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, était l’allié de l’Allemagne qui occupait alors la France. Dans le même temps, dans la région du Pacifique, la France elle-même connaît des problèmes qui méritent tout autant d’attention que les déplacements du président d’un autre État.


