10.6 C
Rennes
lundi 18 mai 2026
AccueilActualitésLe chanteur de rue défend sa liberté de chanter !

Le chanteur de rue défend sa liberté de chanter !

Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, Rodrigue Pailhes est là, guitare en bandoulière. Tantôt au milieu de la rue Le Bastard, tantôt un peu plus loin dans le centre-ville rennais, il pousse la chansonnette depuis des années. Souvent, les passants glissent une pièce. D’autres fois, ils passent leur chemin, refusant son aumône musicale. Mais le « crooner » des trottoirs conserve presque toujours un léger sourire. Sans contrepartie, si ce n’est la joie d’interpréter des classiques au fil des saisons.

Avec sa vareuse et sa silhouette familière, Rodrigue fait désormais partie du décor, presque aussi connu qu’un certain Jean-Pierre (à qui, pour le coup, personne ne demande de déménager…). Mais voilà qu’un nouvel arrêté municipal concernant la musique de rue vient rebattre les cartes. Désormais, les artistes ne peuvent jouer plus d’une heure au même endroit et ne sont pas autorisés à revenir dans un périmètre de moins de 200 mètres au cours de la même journée.

Pas certain que Rodrigue aille chanter une chanson de Léo Ferré sous les fenêtres de Nathalie Appéré, d’ici peu ! », un rennais.

Pour Rodrigue Pailhes, cette réglementation constitue un coup dur. « Cette nouvelle réglementation, résultante d’une gentrification galopante, vise à limiter et à éloigner les artistes de rue du centre et notamment de la rue Le Bastard, artère piétonne principale de notre ville », écrit-il dans une pétition en ligne. « C’est un recul flagrant de nos libertés dans l’espace public. Rennes est une ville musicale, Rennes est une ville résistante. Nous demandons le retrait de cet arrêté. »

En complément de cette pétition, Rodrigue Pailhes — qui refuse de se retrouver « sur la paille » — a adressé une lettre ouverte à la maire de Rennes. « Depuis plus de trente ans, je chante dans les rues de Rennes », rappelle-t-il. « C’est mon métier. Il sert à faire plaisir aux gens, à rendre l’espace public plus humain. Il crée du lien social en ravivant justement cet espace qu’est la rue. Un arrêté municipal en vigueur depuis plus de 50 ans réglementait cette pratique afin de garantir le droit d’exercer ce métier, en le limitant à une pratique considérée comme tolérable par tous. »

En trente ans, Rodrigue dit avoir bâti quelque chose de difficile à définir. « Une présence poétique, apaisante, immuable. Comme une petite veilleuse dans la nuit. « Qu’il pleuve ou qu’il vente, vous faites partie de la rue : combien de fois ai-je entendu ces phrases ? Ce quelque chose que j’ai construit, j’en suis fier, parce que je sais qu’il est utile et beau. Un beau petit château de sable. Fragile, mais beau. Je ne laisserai personne le piétiner. »

Car le chanteur assure avoir déjà subi de nombreuses avanies dans la rue. « Je la connais bien, la poignée de gens que ça énerve, et qui rêvent de détruire ce que je fais à coup de pelle. Les insultes, les menaces, les humiliations, les crachats de riverains depuis leurs fenêtres… Je connais bien tout ça. C’est contre cela, justement, que je construis mon petit château de sable. Quand cela arrive à vos oreilles, ça n’entre pas dans la catégorie “agression d’un individu qui chantait en respectant les règles”. Non, ça va directement dans la case “plaintes de riverains excédés”. »

Dans sa lettre, Rodrigue interpelle directement la première édile. «Vous vous dites que celui qui abuse, c’est celui qui respecte l’arrêté municipal. Pas une seconde, il ne vous est venu à l’esprit que c’était peut-être celui qui crachait depuis sa fenêtre. Car venons-en au fait : c’est bien à cela que sert le nouvel arrêté qui oblige à se déplacer de 200 mètres au bout d’une heure et de ne plus pouvoir y revenir de la journée. Longueur du haut de la rue Le Bastard à la place de la mairie : 200 mètres. Bien vu. Le résultat de cet arrêté est simple : je ne peux plus exercer mon métier. Il va de soi que je le combattrai de toutes mes forces. »

Pour lui, cette évolution serait le symptôme d’une transformation urbaine plus large. « On observe depuis quelques années de riches citadins arriver dans les villages et faire taire les cloches des églises ou le chant du coq. Il semblerait que la gentrification rennaise tende à faire taire les chanteurs de rue. » Si la Ville justifie généralement ce type de réglementation par une volonté de mieux partager l’espace public et de limiter les nuisances sonores pour les riverains et commerçants, Rodrigue, lui, y voit une remise en cause directe de son activité. Une vraie atteinte à la liberté ! « Vous êtes notre élue de gauche, représentante des citoyens rennais, il vous incombe de défendre la bonne santé de l’espace public, l’intérêt commun et les beaux petits châteaux de sable. Pas de voler au secours des bottes qui les écrasent. Pour ces raisons, je vous demande de retirer ce nouvel arrêté indigne de notre commune. » Une pétition a été mise en ligne afin de demander le retrait du texte municipal.

Article précédent
jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

// Dernières nouvelles publiées

feu d’habitation à Dingé

Dans la nuit du dimanche au lundi 18 mai, vers 02h30, les sapeurs-pompiers sont intervenus pour un feu d’habitation au lieu-dit Le Pont aux...
- Advertisement -
- Advertisement -

// Ces articles peuvent vous intéresser