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samedi 14 février 2026
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Justice rennaise : « nous attendons toujours le grand soir »

À l’occasion de l’audience traditionnelle de rentrée, ce 19 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Rennes a ouvert son année 2026 sur un constat partagé par bien des juridictions françaises. Il doit absorber davantage d’affaires, davantage de complexité juridique… et davantage de missions nouvelles, sans que les moyens suivent au même rythme. Présidente, Alice Mazenc, a posé le décor. Malgré des annonces nationales favorables, la prise de conscience d’une justice sous-dimensionnée est très « récente », après « plusieurs décennies » de restrictions.

« Seuls quatre postes ont été créés au siège, dont un vacant au tribunal pour enfants », indique la présidente. Mais ces créations compenseraient surtout des trous dans la raquette. « Nous attendons donc toujours le grand soir promis », confie-t-elle. En ce mois de janvier 2026, la juridiction débute avec « 49,30 ETP (équivalents temps plein) pour 54 emplois localisés au siège », avec un objectif officiel visant « au moins 57 en 2027 ». Une situation qui n’est pas sans conséquence sur la capacité à juger dans des délais raisonnables.

Plus vertigineux encore, le cumul des peines encourues passe de 15 693 années en 2024 à 23 229 années en 2025, soit +48 %.

À Rennes, comme ailleurs, les dossiers sont plus lourds, plus risqués, plus chronophages. « En Ille-et-Vilaine, les défis majeurs sont bien identifiés : notamment le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée, les violences intrafamiliales, et une insécurité routière qui tue encore trop souvent », indique le procureur de la République, Frédéric Teillet. Lors de son discours, il a donné des ordres de grandeur. Sur le ressort rennais, «plus de 3 000 infractions ont été liées aux stupéfiants en un an, dont près de 2 500 faits d’usage et 500 faits de trafic. » Dans la capitale bretonne, les forces de l’ordre identifient même « près de 40 points de deal actifs ». Et d’ajouter : « même si la situation n’est pas dégradée comme à Marseille ou Lyon, la ville a connu trois homicides liés aux stupéfiants en 2024 et quatre en 2025. »

Face à la criminalité organisée, pourtant « priorité nationale », il y a vingt ans, la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Rennes comportait trois cabinets. « En 2026, elle en compte toujours trois », souligne la présidente. En pratique, le déficit de magistrats et de personnels de greffe a même des effets immédiats. Certains dossiers de criminalité organisée, dits « libres » — parce qu’ils ne concernent pas de personnes détenues — ne peuvent être jugés faute de moyens. Ils représentent désormais un stock proche de deux années d’activité, portant sur des procédures dans lesquelles les saisies atteignent environ 21 millions d’euros. Le procureur insiste, lui, sur l’autre bout de la chaîne : frapper au portefeuille et « démanteler, désorganiser, appauvrir ». Avec 13,7 millions d’euros saisis cette année, la justice frapperait fort. «Chaque confiscation est un message clair : le crime ne paie pas.» Mais cette stratégie exige des bras, des cabinets d’instruction, des audiences, des greffes. « C’est la condition sine qua non de la possibilité même d’action de la justice. »

Autre contentieux massif : l’insécurité routière. Le procureur évoque une hausse « préoccupante » : 45 tués sur les dix premiers mois de l’année en Ille-et-Vilaine, « plus de 700 blessés », et à Rennes « plus de 36 000 infractions routières » relevées en un an. « Ces infractions ne sont pas mineures. Elles tuent. » Pendant que Rennes juge, elle traite aussi pour toute la France une partie croissante des amendes forfaitaires délictuelles. Au CNT (Centre national de traitement), les verbalisations AFD (amendes forfaitaires délictuelles) passent de 497 500 en 2024 à 596 000 en 2025. En parallèle, les contestations explosent, de 40 817 à 62 879. Là encore, la question reste la même : comment tenir la cadence sans renforts supplémentaires ?

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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