Ce 17 mars 2021, Hamzat Labazanov est tué d’une balle en pleine tête devant le Carrefour City du quartier Cleunay, à Rennes, endroit connu pour être un point de deal. Son frère, Suleymane Labazanov, est blessé à la hanche lui aussi par balle. Pour ce premier règlement de comptes mortel survenu dans la capitale bretonne, trois hommes, Saraba Diane, Lansana Diakhaby et Banffa Drame (en fuite) comparaissaient devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine cette semaine. Pendant cinq jours, magistrats et jurés ont tenté de comprendre ces quelques secondes où un drame s’est noué dans un quartier populaire. Durant ces longues journées d’audience, ils ont essayé de démêler les raisons d’un acte criminel, à l’aune d’une ville bretonne gangrénée désormais par le trafic des stupéfiants.
À la barre, les enquêteurs, les experts et les témoins se sont succédé pour éclairer le rôle de chacun : celui de Saraba, désigné comme l’auteur du tir mortel, celui de Lansana, poursuivi pour complicité, et celui de Banffa, jugé pour une tentative de meurtre survenue le 13 mars. Ce vendredi, la parole était aux avocats. Conseil de Saraba, Stéphane Rével avait la tâche la plus lourde. « C’est le moment de porter la voix de celui qui est déjà condamné par tous ceux qui estiment que l’affaire est dans le sac », a-t-il confié.
Longuement, l’avocat est revenu sur le chemin du crime de son client. Non, Saraba n’était pas venu pour tuer. Non, il n’avait pas préparé son opération avec son complice. « Il voulait discuter sur un différend précédent. Il y a juste une mauvaise tragédie, un mauvais choix et un mauvais moment. » Pour lui, son client a appuyé sur la « gâchette », la première fois par peur, la seconde pour secourir son ami au sol, Lansana. « Il n’a pas trouvé d’autres solutions que de tirer », martèle l’homme de Loi.
Défendant le « fuyard », Gwendoline Tenier a mis en doute le travail des enquêteurs (« 54 minutes » à peine sur le terrain). Elle a insisté sur la vie de ces « garçons », sur leur logorrhée, sur leurs embrouilles qui peuvent finir en bagarres pour un rien. « Mon client parle fort, parle trop. Il a tout loupé à l’école. Une peine de douze ans pour ne pas avoir tué, pour ne pas avoir tiré, est-ce cela la justice ? Messieurs les jurés, ayez la force d’être justes. »
Défendant le « complice » Lansana Diakhaby, Camille Ernsberger et William Pineau ont demandé l’acquittement. « Si la société a le devoir de prononcer des sanctions radicales et excluantes, c’est évidemment à la condition de ne pas commettre une erreur irréparable », a insisté l’avocat. Contrairement à l’accusation, l’homme de loi a l’intime de conviction de l’innocence de son client. « Regardons le mode opératoire de ces hommes-là ! Peut-on admettre qu’en agissant de la sorte, ils voulaient rejoindre la cohorte de ceux qui étaient en prison ? Dans cette affaire-là, il n’y a pas de repérage, ni de point de repli, ni de tenue de camouflage. »
Pour Lansana, Wllliam Pineau trouve bien des circonstances atténuantes. « Je crois viscéralement qu’il s’est retrouvé là sans savoir ce qui allait vraiment se passer ! Mon client s’est rendu sur les lieux sans arme. Il n’avait pas d’intention belliqueuse. Il repart de la scène en courant comme un dératé. Il ne savait pas non plus que son ami était muni d’un pistolet. Pour moi, ce n’est pas en enfermant un innocent que l’on rendra justice à une mère et à des frères. » Ce jeudi 11 décembre, devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, l’avocate générale Amandine Kristofic a requis vingt-sept années de réclusion criminelle contre l’auteur, Saraba Diane, et quatorze années contre le complice Lansana Diakhaby. Elle a réclamé enfin douze ans pour Banffa Drame. La cour a finalement condamné le premier Saraba Diane à 25 ans de prison, Lansana Diakhaby à 10 ans et Banffa Drame à 8 ans. Tous trois sont interdits de paraitre sur le département pendant cinq ans. Les deux premiers sont inscrits au FIJAIS (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes).


