Schneider Electric fabriquera à Chartres-de-Bretagne les grands équipements électriques destinés aux futures « usines à intelligence artificielle » d’Eclairion. Pour accompagner cet essor, le groupe lance l’extension de son établissement historique, dont la superficie augmentera de près de 50 %. Un second site de production pourrait également voir le jour à proximité.
L’intelligence artificielle paraît souvent immatérielle. Elle repose pourtant sur des milliers de processeurs, des kilomètres de câbles et des installations électriques hors normes. Une partie de ces équipements sera désormais fabriquée à Chartres-de-Bretagne, au sud de Rennes. Le 31 juillet 2026, Schneider Electric et Eclairion viennent d’y signer un protocole d’accord industriel et technologique. La signature s’est déroulée en présence de Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, de Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, et d’Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique.
L’extension s’inscrit dans un programme d’investissement de 110 millions d’euros en France, annoncé lors du sommet Choose France en 2025.
Installé dans la commune depuis 1961, Schneider Electric fabrique sur place des tableaux électriques basse tension destinés aux infrastructures critiques. L’établissement doit désormais accompagner le développement de l’intelligence artificielle, des réseaux électriques et de l’industrie nucléaire. À terme, un second site de production pourrait même être construit à proximité de l’usine historique. Selon Ouest-France, sa création « devrait être confirmée avant la fin de l’année 2026 ». Le communiqué évoque lui plus largement une implantation « dans la région rennaise ».
Les équipements fabriqués pour Eclairion portent le nom de « skids ». Derrière ce terme anglais se cachent de grands modules préfabriqués chargés d’alimenter les centres de calcul. «Ces modules ressemblent d’immenses tableaux électriques dont le disjoncteur aurait la taille d’un réfrigérateur», confie Aymeric Renaud, président de Schneider Electric France. Leur mode de fabrication doit réduire la durée des chantiers, faciliter l’installation et garantir une qualité identique d’un site à l’autre.
Créée en 2022, Eclairion développe des infrastructures numériques consacrées à l’intelligence artificielle. Elle déploie de nouveaux campus, notamment à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne, et à Bessé-sur-Braye, dans la Sarthe. Elle est également lauréate de plusieurs appels à manifestation d’intérêt lancés par EDF depuis 2025 pour implanter des infrastructures d’IA sur d’anciennes friches industrielles.
Dirigée par Arnaud Lépinois, Eclairion veut construire une nouvelle génération de centres de calcul spécialement conçus pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle. Ces installations mobiliseront des quantités considérables d’électricité, des équipements de refroidissement, des systèmes de secours et une surveillance permanente. Leur construction représentera plusieurs centaines de millions d’euros. Elle nécessitera aussi des ingénieurs, des électriciens, des techniciens, des fabricants et des entreprises de maintenance.
En s’associant à Schneider Electric, Eclairion entend accélérer ses projets et participer à l’émergence d’une intelligence artificielle européenne plus souveraine. « L’intelligence artificielle représente une opportunité majeure pour la compétitivité et la souveraineté de la France, confie Aymeric Renaud. Pour la saisir pleinement, il est essentiel de pouvoir s’appuyer sur des infrastructures critiques performantes et sur une base industrielle solide. »
Cette alliance s’inscrit dans la stratégie française et européenne visant à rattraper le retard pris sur les États-Unis et la Chine. L’Union européenne a notamment lancé un appel d’offres destiné à faire émerger ses premières giga-usines d’intelligence artificielle. L’objectif est de mobiliser 30 milliards d’euros, dont 10 milliards de fonds publics et 20 milliards d’investissements privés. Les lauréats doivent être désignés au début de l’année 2027. À Chartres-de-Bretagne, cette compétition mondiale se traduit par des ateliers supplémentaires, des armoires électriques, des onduleurs et d’immenses tableaux prêts à rejoindre les futurs centres de calcul. L’usine créée en 1961 se prépare ainsi à alimenter les « usines à intelligence artificielle » du XXIe siècle.


