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samedi 1 août 2026
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À Rennes, les Grands Moulins ne feront plus de farine

Pendant près de mille ans, le grain a été moulu à cet endroit. À Saint-Hélier, les Grands Moulins de Rennes se dressent toujours au-dessus de la Vilaine. Mais leurs machines se sont tues définitivement. La production a été transférée à Val-d’Anast et la société qui exploitait la minoterie a disparu en janvier 2026, selon une information du journal Ouest-France. Reste désormais un patrimoine industriel exceptionnel, dont l’avenir demeure inconnu.

Depuis la promenade des Bonnets-Rouges, ils paraissent encore veiller sur la rivière. Deux bâtiments de schiste et de brique se font face sur les rives opposées. Entre eux, un corps central enjambe la Vilaine. Pendant des décennies, le blé entre dans les moulins avant d’en ressortir sous forme de farine. Les camions se glissent dans les rues du quartier Saint-Hélier pour livrer les boulangers de toute la région. Aujourd’hui, le décor n’a guère changé. Mais derrière les fenêtres en plein cintre, les machines ne tournent plus. Selon nos confrères d’Ouest-France, Axiane Meunerie a transféré la fabrication des farines de blé et de sarrasin dans son moulin de Val-d’Anast, dans le sud de l’Ille-et-Vilaine.

Ce transfert met un terme à une histoire meunière exceptionnellement longue. Les premières traces de moulins à cet endroit remontent à 1032. Deux installations, l’une consacrée au blé, l’autre au foulage des étoffes, dépendent alors de l’abbaye Saint-Georges. Les constructions visibles aujourd’hui apparaissent à la fin du XIXe siècle. Leur propriétaire de l’époque, M. Bilard, fait rebâtir le moulin de la rive gauche en 1896. Deux ans plus tard, il agrandit l’usine et construit un logement patronal au 15, rue Jean-Marie-Duhamel. Un second moulin s’élève sur la rive droite en 1902. Vers 1904, les deux bâtiments sont reliés au-dessus de la Vilaine. Les Grands Moulins prennent alors la silhouette que les Rennais connaissent depuis. 

En 1922, Édouard Logeais rachète les moulins. Une nouvelle dynastie meunière commence. La famille reste associée au lieu pendant plus d’un siècle. À l’époque, Saint-Hélier est encore un quartier industrieux, rythmé par les moulins, les tanneries et les ateliers. Mais un incendie frappe le site en 1933. Le bâtiment central perd alors un étage, mais la production se poursuit et se modernise. Les roues hydrauliques de type Sagebien cèdent la place aux moteurs, puis aux machines pilotées par ordinateur. Le moulin ancien entre dans l’ère moderne sans quitter le centre-ville.

En 1924, seize personnes travaillent sur le site. Elles sont encore dix-sept en 2008. En 1975, les Grands Moulins rejoignent Banette, un groupement de meuniers et de boulangers créé pour résister aux grands groupes industriels. Frédéric Logeais, représentant de la troisième génération, reprend l’activité en 1991. Vingt ans plus tard, il assure dans la revue Place publique que l’implantation en centre-ville ne gêne pas le fonctionnement de l’entreprise. « Nos camions, comme ceux de France 3, peuvent manœuvrer facilement », explique-t-il. Une quinzaine de salariés transforment alors entre 7 000 et 8 000 tonnes de blé par an. Ils livrent une centaine de boulangers, deux à trois fois par mois, dans un rayon de 150 kilomètres autour de Rennes. Le son issu de la mouture part vers l’alimentation animale.

En janvier 1995, une archive de France 3 tournée  montre encore la minoterie en pleine activité. Édouard Logeais évoque ses souvenirs au milieu des machines. Ces images ont aujourd’hui une saveur particulière. Elles restituent un patrimoine qui n’est pas seulement conservé, mais encore utilisé quotidiennement. Les derniers comptes racontent pourtant une entreprise en net recul. Pour l’exercice clos en 2025, le chiffre d’affaires tombe à 1,88 million d’euros, contre 2,55 millions un an plus tôt, soit une diminution de 26 %. 

La société Grands Moulins de Rennes Logeais a été radiée du registre du commerce le 19 janvier 2026.

En 2025, le groupe Axiane Meunerie a pris le contrôle total de l’entreprise avant de l’absorber définitivement le 31 décembre. Elle a repris les biens, les droits, les dettes et les obligations des Grands moulins de Rennes qui ne comptait plus selon nos informations plus que quatre salariés : un responsable commercial, un technico-commercial et deux chauffeurs-livreurs. Cette vente intervient à un moment charnière pour Frédéric Logeais, après plus de trente années passées à la tête de l’entreprise familiale. Départ à la retraite, difficultés économiques ou volonté d’adosser l’activité à un groupe plus puissant ? Faute d’avoir pu joindre l’ancien dirigeant, les raisons exactes de la cession restent inconnues. 

Cette disparition juridique ne signifie pas la fin de l’activité d’Axiane en Ille-et-Vilaine, puisque la production a été regroupée à Val-d’Anast. Mais elle marque bien la fin de la farine fabriquée au-dessus de la Vilaine, en plein centre de Rennes. En revanche quid de ces bâtiments ?  Aucun projet de reconversion n’est annoncé publiquement. Logements, bureaux, équipement culturel ou lieu consacré à l’histoire industrielle rennaise : les possibilités ne manqueront pas autour de ce site exceptionnel. Sa transformation ne pourra toutefois pas ignorer sa mémoire. Les Grands Moulins racontent à eux seuls les abbayes médiévales, la maîtrise de l’eau, la révolution industrielle, les familles d’entrepreneurs et le travail de générations de meuniers. Une histoire presque millénaire s’est arrêtée sans grand bruit.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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