Ils étaient environ 2 000 selon la préfecture, davantage selon des manifestants. Ce samedi 19 septembre, un important cortège a traversé Rennes pour dénoncer les violences policières et réclamer le retrait d’une proposition de loi sur l’usage des armes par les forces de l’ordre. Des incidents ont émaillé la manifestation et trois personnes ont été interpellées.
À deux pas du village de l’Open de tennis, l’ambiance était nettement moins sportive. Sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, point de balles jaunes : les manifestants parlaient plutôt de Flash-Ball, de maintien de l’ordre et de violences policières. À l’appel du collectif Stop aux violences d’État, ils se sont retrouvés en début d’après-midi avant de prendre la direction du centre-ville.
Pour cette manifestation, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a évalué la participation à environ 2 000 personnes. Mais dans les rangs, des manifestants avançaient une estimation bien supérieure, comprise entre 3 000 et 4 000 participants. Le cortège s’est en tout cas étiré sur plusieurs centaines de mètres, notamment le long des quais.
Tout au long du parcours, des slogans hostiles à la police ont résonné dans les rues de la capitale bretonne : « Tout le monde déteste la police », «Acab », tandis que certaines pancartes accusaient les forces de l’ordre de violences, de racisme ou de sexisme. Des banderoles réclamaient au passage le « désarmement » voire la « suppression » de la police.
Trois interpellations après des incidents
En fin d’après-midi, la manifestation a été marquée par des tensions. Selon la préfecture d’Ille-et-Vilaine, un groupe d’individus a lancé des projectiles en direction des policiers et commis des dégradations de mobilier urbain. Les forces de l’ordre sont alors intervenues pour faire cesser ces agissements et procéder au rétablissement de l’ordre.
Trois personnes ont été interpellées, a indiqué la préfecture alors que la manifestation était encore en cours. La préfète d’Ille-et-Vilaine a « salué l’action des policiers mobilisés » et dénoncé des « actes de violence inacceptables ». Elle a au passage appelé les autres participants à « se désolidariser des groupes violents » et à respecter les consignes données par les forces de l’ordre.
Une proposition de loi au cœur de la mobilisation
La colère vise notamment la proposition de loi relative à l’usage des armes par les forces de l’ordre, adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026. Le texte modifie notamment l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure. Lequel prévoit que, lorsqu’ils font usage de leurs armes, policiers nationaux et gendarmes sont présumés avoir agi dans l’un des cas autorisés par la loi et dans le respect des conditions « d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité ».
Cette présomption peut être renversée par des éléments de preuve contraires. Le texte n’est cependant pas encore définitivement adopté : après son vote à l’Assemblée nationale, il a été transmis au Sénat le 7 juillet. Pour les manifestants rennais, pas question pour autant d’attendre la suite de la navette parlementaire. Ils réclament le retrait du texte et, pour certains collectifs présents, l’abrogation de dispositions antérieures relatives à l’usage des armes par les forces de l’ordre.
Babacar Gueye en tête du cortège
En tête de manifestation, un visage bien connu à Rennes figurait sur une grande banderole : celui de Babacar Gueye. Ce Sénégalais de 27 ans était mort dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, rue Guy-Ropartz, dans le quartier de Maurepas, après avoir été atteint par les tirs d’un policier de la BAC.
L’affaire avait donné lieu à une longue procédure judiciaire et à une mobilisation régulière de sa famille et de ses soutiens. En 2023, un juge d’instruction avait prononcé un non-lieu, la légitime défense du policier ayant été retenue. Ce samedi, une grande banderole réclamait encore « justice et vérité pour Babacar Gueye et pour toutes les victimes ».
Au micro, les prises de parole ont largement dépassé la seule proposition de loi. Des militants ont dénoncé la présence de la police et de l’armée dans les établissements scolaires ou encore ce qu’ils qualifient de « racisme d’État ». Certains ont appelé au « désarmement total de la police » et même à son « abolition ». « Nos enfants ne sont pas leur chair à canon », a notamment lancé une intervenante. La manifestation mêlait collectifs antiracistes, militants syndicaux et organisations politiques. Des drapeaux de La France insoumise et de Révolution permanente étaient notamment visibles dans le cortège.


