29.3 C
Rennes
mercredi 17 juin 2026
AccueilActualitésfratricide de cancale : la justice condamne les deux frères à huit...

fratricide de cancale : la justice condamne les deux frères à huit et onze ans de réclusion

Caïn et Abel, figures bibliques et fraternelles majeures, ont inspiré depuis des siècles une riche tradition artistique. Leur histoire, relatant le premier meurtre selon la Genèse, a nourri la peinture, la sculpture et la littérature. Mais cette semaine, devant la cour criminelle d’Ille-et-Vilaine, on était loin de la légende et du symbole. On était dans la réalité dramatique. Pendant trois jours, Laurent et Éric Tellier, ont comparu pour avoir tué leur frère Thierry. Pendant trois jours, l’un, Laurent, a tenté de raconter sa vérité. Le second, Éric, a joué la carte de l’amnésie. Pendant trois jours, magistrats, avocats et jurés ont tenté de comprendre l’incompréhensible : comment ont-ils pu prendre leur propre frère pour un intrus et le tuer ?

Ce mercredi, dernier jour des débats, c’était au tour des plaidoiries et du réquisitoire. Pour les parties civiles, Olivier Pacheu est revenu au cœur du dossier. « Tuer son frère, c’est quelque chose de particulier. Ce n’est pas réprimé différemment par la loi, mais symboliquement c’est extrêmement fort. On dépasse toutes les normes sociales et morales. » Pour l’homme de loi, une chose ne fait aucun doute. Les deux accusés ont nécessairement compris à un moment de la scène qui se trouvait sous leurs coups. « Une voix, une démarche, quelque chose a dû leur faire comprendre que c’était leur frère. Pour moi, ils sont tous les deux coupables. C’est une scène unique de violence. »

Avocat de Laurent Tellier, Me Nicolas Prigent choisit un autre chemin. « Nous avons besoin de rationaliser. Nous voudrions un mobile. Nous voudrions une explication simple. Mais nous sommes confrontés à quelque chose d’impossible à comprendre. » Selon lui, la version livrée par son client est certes « incroyable », mais elle demeure compatible avec le degré d’alcoolisation constaté. « Avec un tel taux d’alcool, imaginer un plan élaboré entre les deux frères pour construire une fausse version des faits me paraît difficilement crédible. »

« Il porte le silence des autres »

A la barre, le défenseur critique aussi une enquête qu’il juge incomplète. « Il n’y a pas eu de reconstitution, d’exploitation approfondie des téléphones. La manifestation de la vérité repose essentiellement sur les déclarations des accusés. » Au passage, il regrette le silence d’Éric, le co-accusé. « Laurent ne comprend pas pourquoi lui se souvient et pourquoi son frère ne se souvient de rien. Il se retrouve face à un mur. Il porte le silence des autres.  Sans Laurent Tellier, ce procès n’aurait pas été le même. Je ne demande pas qu’on lui décerne une médaille. Mais s’il s’était tu, cette audience aurait été bien plus compliquée. »

Pour l’avocat de la défense, il est essentiel de voir l’après-jugement. « Laurent Tellier doit se soigner. L’alcoolisme n’est pas toute l’histoire, mais il est le symptôme d’un mal-être profond. » Puis vient sans doute le moment le plus fort de sa plaidoirie.  « Vous allez penser que je fais mon numéro, mais ce qui va être dit est plus fort que tout le reste. » Dans un silence absolu, l’avocat quitte alors quelques instants le terrain judiciaire pour se tourner vers son client. « Vous n’êtes pas un sale type. Vous avez fait du mal, c’est certain. Vous avez fait des choses terribles. Mais pensez aussi à vos enfants, à votre employeur, à tout ce que vous avez fait de bien dans votre vie. J’espère qu’un jour vous me direz : je suis heureux, je suis libre. Aussi noire que puisse être la nuit, le jour finit toujours par revenir. »

Avant de regagner sa place, Me Prigent livre enfin une dernière réflexion. « Le fratricide n’est pas une circonstance aggravante dans notre droit. Mais c’est une sorte de peine en lui-même. Tuer est déjà terrible. Tuer son propre frère, à supposer même qu’on ne l’ait pas reconnu, c’est une souffrance qui restera là chaque jour de sa vie. » Après la défense, les deux prévenus ont droit à la parole une dernière fois. « J’ai une grosse pensée pour Thierry et pour notre autre frère, Cyril », a déclaré simplement Éric Tellier. Laurent Tellier est apparu, lui, davantage ému. « Je suis assez satisfait du déroulement du procès. Cela m’a permis de comprendre beaucoup de choses et j’ai énormément progressé », explique-t-il.  « J’ai brisé la vie de Thierry. J’y pense énormément. Je ne pourrai plus jamais partager de moments avec lui. J’ai énormément de regrets. Il va falloir assumer. Il va falloir payer les pots cassés. »

Après plusieurs heures de délibéré, la cour criminelle d’Ille-et-Vilaine condamne Laurent Tellier à onze années de réclusion criminelle et Éric Tellier à huit années (avec mandat de dépôt à effet différé). Cette décision est moins sévère que les réquisitions de l’avocate générale, qui avait demandé respectivement quinze et douze ans. Mais le verdict ne referme rien. Il laisse derrière lui une famille brisée, un mort sous les coups de ses propres frères et une question à laquelle personne n’a réellement répondu : comment ont-ils pu ne pas reconnaître Thierry Tellier ?

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

// Dernières nouvelles publiées

démantèlement d’un réseau albanais : 13 kilos de cocaïne, 128 000 euros et 400 000 euros d’avoirs criminels saisis

Un important coup de filet franco-belge a permis le démantèlement d'un réseau international de trafic de stupéfiants, opérant entre la Belgique et la France....
- Advertisement -
- Advertisement -

// Ces articles peuvent vous intéresser