Les vieux Rennais ont toujours connu cette adresse, à deux pas de l’hôtel de ville et de l’opéra de Rennes. Les autres sont parfois passés devant l’établissement, sans daigner s’arrêter. Mais beaucoup ont déjà pris place à sa terrasse, autant pour être vus que pour regarder défiler la ville ? Après plusieurs années d’incertitude, L’Angélus vient de changer de mains. Repris par Laurent Bourson et LB Invest, le café historique rouvrira début septembre dans un décor entièrement renouvelé par les nouveaux propriétaires.
À Rennes, certains estaminets sont assurément bien davantage que des débits de boissons. Ils appartiennent au paysage et aux souvenirs, comme le Piccadilly, le café de la Paix. L’Angélus est de ceux-là. Campé à l’angle du 2, rue de Coëtquen et du 6, rue d’Orléans, il observe depuis des décennies les passants pressés, les sorties de l’Opéra et des élus socialistes, les rassemblements sur la place de la Mairie et les petites manœuvres de la vie rennaise.
Sa terrasse est devenu un repère. On s’y installait pour boire un café, certes, mais aussi pour prendre le pouls de la capitale bretonne. On venait y voir et, surtout, y être vu. À l’étage, le spectacle prenait même une autre tournure. Derrière les fenêtres, on pouvait observer l’animation de la place, sans attirer les regards et en sirotant des diabolos fraises. L’endroit se prêtait aux flirts discrets, aux confidences et aux rendez-vous politiques. Quelques histoires d’amour et quelques alliances électorales ont sans doute commencé autour de ses tables. On y a croisé dans notre jeune temps, le compositeur, Yann Tiersen (scolarisé au Lycée Anne de Bretagne).
L’histoire du café ne date pas d’hier. Dans les années 1980, les habitués se souviennent des époux Duclos où madame était au premier étage et monsieur au rez-de-chaussée. Avant eux, les Dauvergne avaient également tenu la maison. Mais L’Angélus était déjà là au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dans un vieux film consacré à la Libération de Rennes, partagé dans le groupe Facebook Il était une fois Rennes, sa devanture apparaît furtivement derrière un soldat américain et une jeune femme énamourée. Preuve que l’estaminet appartient depuis longtemps au décor de la place.
Plus récemment, en janvier 2013, Philippe Gendrin et Florent Métairie avaient repris les commandes de navire avec une nouvelle équipe et une nouvelle carte. « Flo » avait peu à peu imprimé sa marque. L’Angélus était devenu un café de journée, un rendez-vous d’après-travail et un repaire de supporters les soirs de match. Les tartines elles-mêmes célébraient le ballon rond avec le « Sporting jambon », le « Racing Club Ô Thon » ou encore « l’Olympique Chorizo ».
En coulisses, cependant, le bar cherchait depuis quelque temps un repreneur. La cession a finalement été conclue par un acte signé le 6 mars 2026, avant sa publication officielle au mois de juin. A sa tête, une nouvelle société baptisée Angelus est présidée par LB Invest, dirigée par Laurent Bourson, déjà associé dans plusieurs établissements rennais, dont Le progrès L’Annexe et Mamie Claude. Les registres du commerce confirment cette transmission.
D’après nos informations, le lieu conservera son nom, mais changera de visage. L’Angélus deviendra un café-apéro, avec une décoration intérieure très colorée et une offre renouvelée. Sa réouverture est annoncée pour le début du mois de septembre (si les travaux ne prennent pas de retard). Les nouveaux propriétaires entendent réveiller cette institution sans lui faire perdre son âme. Mais à L’Angélus, une chose ne devrait pas changer : on continuera certainement de regarder les passants, tout en surveillant du coin de l’œil ceux qui vous regardent (comme ceux d’en face qui travaillent à la mairie de Rennes).


