HISTOIRE / ARCHIVES : 1912, la tueuse au vison de la rue de Bourbon
Juillet 1912. La rue Édith Cavell (proche de l’actuelle fontaine à la tête coupée), s’appelle encore rue de Bourbon. Dans un immeuble, une détonation claque. Une femme ressort peu après du bâtiment. À sa main, un revolver qu’elle vient d’acheter. Vêtue d’habits chics et d’un manteau en vison, elle se dirige alors calmement vers un commissariat tout proche. « Je viens de tuer la maîtresse de mon mari. Faites de moi ce que vous voudrez », déclare-t-elle spontanément.
Cette femme, c’est Berthe Leclair. Connue à Rennes pour être une femme de bonne famille, honorable. Mariée à un riche garagiste de la ville, elle semble aux yeux de tous avoir tout ce qu’il lui faut dans la vie. Une voiture, un poney, un bel appartement rue du Mail… C’était sans compter sur l’autre femme, Jeanne Obitz : celle que son époux fréquentait en cachette.
Suicide, divorce ou crime passionnel ?
« Ma modiste, madame Renault rue Lanjuinais savait depuis longtemps que j’étais malheureuse. Elle m’a appris que mon mari passait pour avoir comme maîtresse une bonne de café », avoue Berthe Leclair aux policiers, puis aux juges. « J’ai fait mon enquête, et j’ai connu la vérité », poursuit-elle pour expliquer son geste.
Avant de passer à l’acte, elle prévient son mari : elle sait tout. Il ne nie pas, mais espère que l’eau passera sous les ponts. Berthe Leclair entame alors une procédure de divorce. Quinze jours avant le drame, une ordonnance de non-conciliation octroyait alors à l’épouse un appartement, une rente et la garde des enfants.
Cependant, accepter le divorce, c’est autoriser l’homme à voir l’autre librement. C’en est trop pour Berthe Leclair.
Un procès qui fait couler beaucoup d’encre
Ouest Éclair, Courrier de Rennes ou encore Journal de Rennes : à l’époque, les rédactions envoient leurs reporters couvrir le procès. Bizarrement, journalistes comme grand public ont davantage tendance à plaindre cette pauvre femme trompée, qu’à dénoncer son geste meurtrier. On va même jusqu’à titrer que le crime est « distingué ».
Devant le tribunal, on dépêche un service d’ordre rigoureux, car le tout Rennes semble vouloir assister aux débats.
Pendant trois jours, Berthe comparaît. Endimanchée, vêtue de son vison, elle espère l’acquittement. La justice ne sera pas aussi complaisante. Cinq années de travaux forcés sont prononcées. Ils se transformeront en cinq ans de prison et 10 000 francs (environ 32 000 euros) de dommages et intérêts.


