Vingt-deux personnes écrouées sont mortes en vingt-six mois, dont neuf par suicide. Dans un rapport publié sur le centre pénitentiaire de Rennes-Vezin, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dresse un constat particulièrement sévère. Surpopulation, manque de personnel, détenus souffrant de troubles psychiatriques, prévention du suicide insuffisante : les contrôleures évoquent même une « banalisation de la mort en détention ». Le rapport résulte de vérifications menées sur place du 9 au 12 février 2026 après des « publications et signalements particulièrement inquiétants » concernant plusieurs décès.
Entre janvier 2024 et le 9 février 2026, 22 personnes écrouées à Rennes-Vezin sont décédées. Le détail est saisissant : neuf suicides, six décès liés à une affection devenue incurable, quatre morts dont l’étiologie n’a pas été retrouvée, deux décès après un incendie de cellule et un détenu tué par son codétenu. Douze décès sont survenus en détention ordinaire, principalement à la maison d’arrêt pour hommes et durant la nuit. Les sept détenus qui s’y sont suicidés avaient tous été suivis par le service médico-psychologique régional. « Pour les deux suicides survenus au quartier disciplinaire, le risque de passage à l’acte avait été identifié », ajoute le rapport.
Une prison à 139 % de sa capacité
Pour le CGLPL, ces décès ne peuvent être dissociés des conditions de détention. Lors de la visite du 9 février, 951 détenus occupaient un établissement disposant théoriquement de 712 places, soit un taux d’occupation de 139 %. Dans les quartiers maison d’arrêt, le taux grimpait à 156 %, avec 655 personnes pour 419 places. Seulement 10 % des détenus y disposaient d’une cellule individuelle. Plus frappant encore : 136 personnes dormaient sur un matelas au sol.
Cette promiscuité n’est pas sans conséquence. Selon les contrôleurs, elle « favorise l’apparition de conflits, accentue les phénomènes de stress, d’anxiété et d’insécurité ». Dans certaines cellules triplées, l’espace disponible descend sous les 3 m² par personne, une fois l’espace sanitaire déduit. Le CGLPL réclame donc des « mesures locales urgentes » contre la surpopulation carcérale. En réponse, la direction de Rennes-Vezin affirme avoir multiplié les échanges avec le parquet de Rennes et avoir notamment expérimenté des reports d’écrou, mais « sans effet durable ».
Autre inquiétude majeure : la santé mentale des détenus. Lors de la visite, près de 10 % des personnes incarcérées présentaient des troubles schizophréniques ou paranoïaques. Or, le service médico-psychologique régional est confronté au manque de personnel. Fort heureusement, les cas considérés comme les plus préoccupants sont reçus dans les quinze jours. Mais les autres peuvent attendre environ deux mois et, pour une consultation psychologique sans signe d’alerte, le délai peut atteindre onze mois. La situation est même particulièrement délicate au quartier d’isolement. Au moins trois des sept détenus qui s’y trouvaient lors du contrôle avaient déjà tenté de se suicider dans ce quartier, dont l’un avec une hospitalisation à la clé. Pourtant, ces détenus ne peuvent pas participer aux ateliers thérapeutiques collectifs proposés par le SMPR.
En 2025, aucun agent formé à la prévention du suicide
Le rapport pointe aussi directement les failles de la prévention. Malgré le nombre de décès, aucun agent de Rennes-Vezin n’a bénéficié en 2025 d’une formation au repérage et à la prévention du risque suicidaire. Pis encore, les autres outils, comme les plans de protection individualisés, sont « sous-investis ». La seule formation prévue à Rennes avait même été annulée faute d’un nombre suffisant de participants. Devant cela, les contrôleurs réclament désormais une véritable politique de formation des surveillants, avec une actualisation régulière de leurs connaissances.
Selon le CGLPL, les détenus doivent bénéficier gratuitement et confidentiellement du 3114, numéro national de prévention du suicide, accessible 24 heures sur 24. Il formule une recommandation particulièrement nette concernant le quartier disciplinaire. « Les personnes repérées comme suicidaires ne doivent pas être placées au quartier disciplinaire. » En cas de tentative de suicide pendant une sanction, celle-ci doit être levée et non simplement suspendue.
Une « structure mortifère » et une « routine abominable »
Mais les termes les plus sévères figurent sans doute dans la synthèse du rapport. Les contrôleures disent avoir constaté « une banalisation de la mort en détention ». Surveillants comme détenus leur ont confié se sentir démunis devant la répétition des décès. Certains professionnels ont même décrit Rennes-Vezin comme une « structure mortifère », confrontée à une « routine abominable » des retours d’expérience organisés après les drames.
Le rapport définitif comporte 27 recommandations, allant de la lutte contre la surpopulation au renforcement des soins psychiatriques, en passant par la formation des agents, la protection des détenus vulnérables et l’analyse systématique des décès. Il intervient alors que le CGLPL a publié, ce 25 septembre 2026 au Journal officiel, un avis plus général sur la prévention du suicide en prison. Celui-ci rappelle que le suicide représente chaque année plus de la moitié des décès en détention en France et alerte, à l’échelle nationale, sur l’insuffisance des politiques de prévention.


