« J’ai gardé cette photo sur moi, ce photomaton que t’aimais pas… » Dans Tombé pour la France, le Rennais Étienne Daho chante déjà l’amour de la photographie. Ce n’est sans doute pas un hasard. Bien avant de devenir l’une des figures majeures de la pop française, le Rennais rêvait d’être… photographe. Mais il fut surtout portraituré ! À La Gacilly, jusqu’au 4 octobre, l’exposition La photographie, une aventure française rappelle combien celui qui a grandi à Rennes entretient depuis toujours une relation particulière avec l’image. Daho n’a pas seulement posé devant les objectifs des plus grands. Il leur a offert un vrai terrain de jeu.

L’histoire commence à la fin des années 1980. le grand photographe Jean-Marie Périer voit débouler chez lui « un jeune homme qui se présente comme un petit journaliste ». Passionné par Françoise Hardy, Daho prépare alors un livre consacré à son idole. « Il est très bien élevé et me parle gentiment comme à une relique », se souvient le fils de Henri Salvador. Il l’autorise à fouiller dans son grenier rempli de tirages. Deux heures plus tard, le jeune homme redescend, les bras chargés de photographies qu’il manipule « avec précaution ».
Quelques années plus tard, Françoise Hardy invite le même Jean-Marie Périer à découvrir un chanteur qu’elle apprécie. Direction l’Olympia, la célèbre salle de concerts. « Le rideau s’ouvre et quelle n’est pas ma surprise en voyant sur la scène, entouré de musiciens électriques, le petit journaliste. Il en avait fait du chemin», se souvient Jean-Marie Périer. Les deux hommes nouent alors une solide amitié. Jean_marie Périer réalisera plusieurs portraits du chanteur, dont celui, exposé à La Gacilly, où Daho apparaît assis sur un canapé, entouré d’étranges jeunes filles aux têtes de colombes. Plus tard, le photographe lui rendra même un hommage appuyé. « C’est lui qui me conseillera de ressortir mes photos des années 60, lesquelles me permettent aujourd’hui de jouir d’une gloire posthume tout en étant vivant. Merci Étienne. »

Autre rencontre déterminante : celle de Pierre et Gilles. Le duo tombe sous le charme du Rennais, dès la sortie de l’album Le Grand Sommeil. « C’était une chanson très importante pour nous. Le style de musique qu’il faisait était complètement nouveau. » Les deux artistes découvrent surtout un chanteur fasciné par l’art de la photographie. « C’est quelqu’un de très sensible à l’image. Et c’est assez rare dans la chanson française. » De cette complicité naîtront plusieurs portraits devenus cultes, notamment celui de 1984 où Daho, en marinière, pose avec un perroquet (Bibic) sur l’épaule pour la pochette de La Notte, La Notte. Plus tard, Pierre et Gilles l’accompagnent encore dans ses métamorphoses. Pour l’album Daho Pleyel Paris, ils imaginent un univers inspiré du cinéaste Kenneth Anger. « On a voulu rentrer dans un monde plus sombre, plus mystérieux. Il avait frôlé la mort. Nous voulions exprimer tous les sentiments de sa vie. Nos photos sont toujours construites sur mesure, en fonction de la personnalité des gens. » Chez eux, Daho n’est jamais un simple modèle. Il devient une icône.
Si les plus grands photographes français ont tant aimé Étienne Daho, c’est peut-être parce qu’il parlait déjà leur langage. En 2017, la Philharmonie de Paris lui confie le soi d’être commissaire de l’expo, Daho l’aime pop !, une exposition consacrée aux liens entre musique et photographie. Le dernier espace révèle d’ailleurs une autre facette du chanteur : celle de photographe. « Si je n’avais pas été chanteur, c’était ma première envie : la photographie », confie-t-il. Armé de son Canon, il réalise alors une série de portraits en noir et blanc d’Elli Medeiros, Dominique A, Lou Doillon ou Philippe Pascal. Finalement, Étienne Daho n’a jamais cessé d’être des deux côtés de l’objectif. Celui qui chantait un simple photomaton est devenu, presque malgré lui, l’une des plus grandes icônes de la photographie française. A quand une grande expo sur Daho dans un de nos musées rennais !


