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dimanche 15 mars 2026
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Des riverains contre le « raffut » du Grand huit

Dans le quartier Sud-Gare, à Rennes, les anciennes halles ferroviaires ont retrouvé de la vie. Depuis son installation rue Pierre-Martin, le Grand Huit attire les familles et amateurs de concerts. Avec ses manèges, ses spectacles, sa guinguette, le lieu se présente comme un espace culturel populaire, ouvert et accessible du mercredi au dimanche. Le projet s’inscrit dans la transformation plus large du technicentre, au cœur d’Eurorennes. Sur le papier, l’idée séduit. Mais derrière l’animation, certains habitants parlent d’un quotidien devenu invivable. « C’est plutôt sympa dans le concept, mais pas dans un quartier résidentiel comme cela », souffle une voisine.

Selon le courrier adressé à la maire le 18 février 2026, des émergences de plus de 30 décibels la nuit auraient été constatées dans certaines chambres.

Face au site, dans les rues Pierre-Martin ou encore de la Herpe, un collectif s’est formé sous le nom « Droit au calme » (comme ce fut le cas lors de la création du MeM à la Prévalaye). L’une des membres, qui préfère rester anonyme, raconte une situation qui se serait dégradée au fil des mois. « Au départ, on nous parlait d’un musée forain, d’un lieu familial. On ne s’attendait pas à avoir 500 personnes sous nos fenêtres », explique-t-elle. La soirée du 31 décembre demeure, selon le collectif, un point de bascule. « C’était pire qu’une boîte de nuit. On a atteint l’apogée avec un sacré raffut. J’avais 150 fêtards devant chez moi. Ça hurlait, ça buvait, ça urinait contre les maisons », raconte la riveraine. Au passage, elle évoque aussi les Tombées de la Nuit, les DJ sets et « les basses qui traversent les murs ».

Au-delà du bruit, les habitants dénoncent un stationnement anarchique. « Durant les heures d’ouverture, les rues avoisinantes sont utilisées comme zone de parking informelle au détriment des voisins », ont-ils écrit à la municipalité. « On a choisi ce quartier pour son calme. Les trains, on les connaissait. Mais pas ça… » Le 23 septembre 2025, une réunion s’est tenue avec des élus de la majorité, les exploitants et une trentaine d’habitants. « On a parlé, mais on a eu le sentiment que tout était déjà décidé », estime la représentante du collectif. Depuis, les riverains ont demandé la communication des autorisations administratives, la publication de l’étude d’impact des nuisances sonores…. « On ne veut pas la guerre. On souhaite dormir.. »

La Nature en Ville entre dans le débat

Depuis peu, le collectif a reçu le soutien de l’association La Nature en Ville. « Le site dévolu en prime abord à un lieu de mémoire familial autour des manèges, est devenu au fil du temps une guinguette avec son (gros) lot de nuisances sonores assez tard dans la nuit », explique son président, Pascal Branchu. Contre cette situation, La Nature en ville appelle la municipalité à faire respecter la réglementation nationale sur le bruit. Elle souhaite aussi consulter les conventions liant l’exploitant aux propriétaires des halles, ainsi que la mise en place d’un limiteur sonore non débranchable avec affichage des décibels. « Les discours ne suffisent plus, seuls les actes comptent », écrit-elle.

Du côté du Grand Huit, le ton se veut apaisant. « Les préoccupations du voisinage sont prises très au sérieux », affirme la direction. « En septembre 2025, une rencontre organisée par la mairie de quartier a permis de recueillir les impressions et commentaires des riverains quant à l’arrivée du Grand Huit. Lors de cette rencontre, de nombreux habitants ont exprimé leur enthousiasme sur l’implantation de ce lieu familial. Aujourd’hui, la grande majorité se réjouit de pouvoir profiter d’une adresse culturelle de proximité, convivial et accessible à toutes et tous. »

Lors de la réunion du moins de septembre, la ville a reconnu une communication insuffisante. Elle a botté en touche, n’estimant pas être responsable de la programmation.

Le Grand Huit : « On a entendu les critiques »

Depuis juillet 2025, plusieurs mesures ont été toutefois prises. « Il n’y a plus de concerts en extérieur, même durant les beaux jours », assure la direction. Au diable désormais les soirées électro et rock à fort volume ! La programmation serait dorénavant davantage tournée vers le théâtre, l’improvisation ou les arts du cirque. « Ces choix ont un impact économique réel, mais on les assume pour préserver la cohabitation harmonieuse. »

Pour accueillir les cyclistes, un espace de stationnement vélo a été installé à l’intérieur du site en septembre. « Pour les automobilistes, nous orientons les groupes vers le parking de la gare ou ceux aux abords des stations de métro », précise l’équipe. Au passage, le Grand Huit affirme être vigilant sur les départs du lieu. « Nous sommes extrêmement prudents à ne pas servir d’alcool à des personnes manifestement ivres. Tandis que nous accompagnons le public pour garantir une sortie la plus discrète possible. »

Le programme, porté par la famille Masclet, se veut aujourd’hui évolutif. « Le Grand Huit est un lieu familial, populaire et patrimonial. Notre structure emploie des dizaines de salariés, accueille des projets de réinsertion et veille à être accessible au plus grand nombre. Il n’est en aucun cas dans notre intérêt de générer des tensions au sein du quartier. Nous restons et resterons disponibles pour échanger de manière apaisée et constructive. »

Une Ville en équilibre entre fête et tranquillité

Pour l’heure, la convention d’occupation des halles court jusqu’au 30 juin 2027. Des travaux d’isolation phonique ont été évoqués, mais ils s’inscrivent dans un calendrier plus large lié à l’avenir du technicentre. Depuis longtemps, la capitale bretonne revendique son statut de ville culturelle et festive. Mais dans le Sud-Gare, entre attractivité, animation urbaine et droit au repos, le débat semble vif. « On ne demande pas la lune », insiste une riveraine. « Juste le silence la nuit. Mais pour moi, l’accueil d’une telle affluence ici, ce n’est pas adapté. Cela génère forcément des nuisances. Je souhaite pour ma part la fermeture de ce lieu. L’accueil d’une telle quantité de population dans un quartier comme le nôtre, c’est juste impossible. » 

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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