Série d’été : où sont nos statues ? Tout au long du mois d’août, découvrons les oeuvres d’arts rennaises… que l’on croise parfois sans y prêter attention. Aujourd’hui, zoom sur une sculpture qui donne le vertige.
Réalisée en 1987 dans le cadre de la commande publique, Degré est une sculpture monumentale de l’artiste Nissim Merkado, installée à l’intersection de l’avenue de la Touraudais et de l’allée Victor-Grignard, dans le quartier de Beaulieu-Atalante à Rennes. Haute de plus de huit mètres, cette œuvre en béton s’inscrit dans le paysage d’un territoire alors en pleine mutation, celui de la technopole Rennes Atalante, créée en 1984 pour favoriser les liens entre recherche, enseignement supérieur et entreprises.
L’œuvre se présente comme une structure verticale, un cadre géométrique penché, à la fois massif et dépouillé. Ce quadrilatère de béton, comme suspendu dans un équilibre instable, semble défier les lois de la gravité. À l’origine, un néon rouge venait s’insérer en son cœur, renforçant la tension entre matière brute et énergie lumineuse. Aujourd’hui disparu, cet élément accentuait la dimension expérimentale de la sculpture.
Une allégorie des sciences et de la pensée
Dans ce quartier dédié à l’innovation, Degré agit comme un signal. Par sa forme abstraite et son inclinaison, elle évoque une pensée en mouvement, en quête d’équilibre. Nissim Merkado décrit son œuvre comme « la pesanteur d’une réflexion », une tension entre inquiétude et aspiration vers la lumière. Cette dualité fait écho aux processus scientifiques eux-mêmes : doutes, essais, projections.
Visible depuis les axes structurants du quartier, la sculpture dialogue avec son environnement, marquant une frontière symbolique entre la ville et ce territoire de recherche. Elle incarne une présence silencieuse mais forte, à la fois repère visuel et invitation à la réflexion.
Né en 1935, Nissim Merkado est un artiste d’origine franco-bulgare dont le travail explore les rapports entre forme, espace et perception. Avec Degré, il propose à Rennes une œuvre à la fois rigoureuse et énigmatique, qui inscrit la pensée au cœur même du paysage urbain.


