Vingt-six millions d’euros pour une nouvelle cuisine centrale à Noyal-Châtillon-sur-Seiche! Au conseil municipal de Rennes, ce lundi 28 septembre, Charles Compagnon a sérieusement questionné l’addition. Le chef de file de Vivre Rennes ne conteste pas les objectifs affichés par la majorité, mais le coût, le dimensionnement et surtout le modèle économique du projet.
La future cuisine centrale doit venir compléter celle de Beauregard, appelée à être réhabilitée en 2030. Elle disposera notamment d’une légumerie de 216 m², d’un atelier dessert et d’un atelier boucherie. Le coût prévisionnel des travaux atteint désormais 15,447 millions d’euros, en hausse de 5 % par rapport aux 14,7 millions prévus en avril 2025. Le coût global de l’opération est, lui, évalué à 26 millions d’euros TTC. À terme, les deux équipements permettront de produire 18 500 repas par jour, dont environ 1 900 destinés à d’autres communes.
Où est le coût complet du repas ? » Charles Compagnon.
Améliorer la qualité des repas servis aux enfants, développer les produits bruts, locaux et durables, sortir du plastique : « Ces objectifs et cette ambition, évidemment, nous les partageons », assure Charles Compagnon. Mais l’élu d’opposition met aussitôt les pieds dans le plat. « Ce n’est pas l’objectif que nous vous contestons aujourd’hui, c’est la dimension du projet, son coût et surtout l’insuffisance des éléments économiques qui nous sont présentés pour justifier cet investissement. À ce niveau d’engagement financier, poursuit-il, notre responsabilité d’élu est de nous demander non seulement si le bâtiment sera performant, mais surtout si c’est la solution économiquement la plus pertinente ».
Pour Charles Compagnon, le compte n’y est toutefois pas. La municipalité ne fournit, selon lui, ni le coût complet prévisionnel du repas, ni les effectifs nécessaires au fonctionnement de l’équipement, ni l’intégration de l’amortissement de cet investissement dans le prix du repas. « Comment peut-on apprécier sérieusement la pertinence économique d’un investissement de 26 millions d’euros sans connaître ce qu’il coûtera réellement chaque année ? », demande-t-il.
Pour aller plus loin, Charles Compagnon cite trois autres cuisines centrales : Metz, avec selon lui 15 millions d’euros pour plus de 10 000 repas par jour ; Angers, 10,5 millions pour 13 500 repas ; et Vénissieux, 8 millions pour 7 500 repas. « Je vous laisse faire une règle de trois, nous sommes largement au-dessus de tous ces exemples. Les périmètres ne sont évidemment pas toujours les mêmes, mais les écarts sont suffisamment importants pour justifier une véritable étude comparative. » Et d’interpeller directement l’adjoint : « On ne parle pas de 200 000 euros, M. Brossard. »
Selon Charles Compagnon, une solution comparable pourrait être conçue pour un investissement sensiblement moindre. « L’analyse que nous avons faite évoque même un ordre de grandeur d’environ 40 % inférieur au projet municipal », indique-t-il. Devant un tel constat, l’élu réclame une étude comparative, prenant en compte l’investissement, le fonctionnement, le personnel, la logistique, l’amortissement, le coût complet du repas, la qualité alimentaire et la maîtrise publique. «Avant d’engager définitivement 26 millions d’euros, cette démonstration doit être faite. À nos yeux, elle ne l’est pas aujourd’hui. Et lorsque l’on engage une somme pareille pour plusieurs décennies, le doute doit conduire à approfondir l’étude, pas à signer un chèque en blanc. »
Lucile Koch défend le bio, le local et le sans-plastique
Dans la majorité, Lucile Koch, adjointe déléguée à la Biodiversité et à l’Animal en ville, prend la parole pour défendre la philosophie du projet. «Nous sommes ravis que la construction de la cuisine centrale puisse bientôt démarrer », lance l’élue. Pour elle, cet équipement doit permettre d’atteindre deux engagements : « des cantines sans plastique en 2029 et 100 % bio en 2032. Voilà, c’est la raison de la construction de la cuisine, monsieur Compagnon. »
Dans la nouvelle unité, la future légumerie et l’atelier dessert devraient permettre de travailler davantage de produits locaux et de saison et de proposer plus de plats végétariens. «L’accès à une alimentation saine et durable pour toutes et tous devrait être un droit », ajoute l’élue. Laquelle tient à mettre en avant les retombées pour l’agriculture locale. « Ce sont près de 4 millions d’euros par an de commandes de la ville de Rennes qui vont directement vers des agriculteurs bio et locaux. D’ici 2032, ce chiffre passera à plus de 7 millions d’euros par an. »
Ludovic Brossard assume, lui aussi, le niveau de l’investissement. « Nous faisons effectivement le choix d’un investissement important parce que nous pensons que l’alimentation n’est pas un bien comme les autres, mais un droit », explique-t-il. Non sans ironie, il répond à Charles Compagnon. « Je suis heureux de constater que vous êtes entouré de spécialistes pour réfléchir à la manière dont cet investissement pourrait être mieux réfléchi, peut-être plus sobre. La municipalité s’est, elle aussi, entourée de spécialistes depuis 2022, notamment de ceux ayant construit la cuisine centrale de Tours, présentée comme une référence en matière de sortie du plastique. »
Surtout, Ludovic Brossard récuse la comparaison avec Metz, Angers ou Vénissieux. « Est-ce que les cuisines centrales que vous avez nommées ont une légumerie ? Est-ce que les cuisines centrales que vous avez nommées ont un atelier pâtisserie ? Est-ce que les cuisines centrales que vous avez nommées ont travaillé sur l’ergonomie pour penser au bien-être des agents ? » Pour lui, les équipements ne peuvent donc pas être comparés directement. Ce d’autant que les caractéristiques environnementales du futur bâtiment seraient nombreuses : géothermie, récupération de chaleur, 415 panneaux photovoltaïques, récupération des eaux pluviales, matériaux biosourcés ou encore plantation de 66 arbres.
Cependant, Ludovic Brossard reconnaît un retard. « Évidemment, nous ne sommes pas au rendez-vous sur la sortie du plastique. » Mais des progrès sont en cours. Trois écoles sont toutefois déjà passées aux bacs inox et, selon lui, la part des plats de résistance sans réchauffe plastique est passée de 9,2 % à 30,3 %. A terme, un calendrier doit maintenant être élaboré, avec des chiffres annoncés aux familles et au collectif zéro plastique en novembre. « Soyez sûrs que nous n’attendrons pas 2029 pour accélérer cette transition », promet l’adjoint. Au bout du compte, majorité et opposition se rejoignent sur l’ambition alimentaire, mais divergent sérieusement sur la facture et sur la manière de l’évaluer. Avec 26 millions d’euros pour le nouvel équipement et plus de 40 millions annoncés au total, la cuisine centrale s’invite désormais à la table du débat politique rennais.



