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mardi 21 juillet 2026
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Ces bâtiments rennais disparus : La chapelle de la Visitation

Elle a traversé l’Ancien Régime, la Révolution, les incendies et deux guerres mondiales. Pendant près de quatre siècles, la chapelle de la Visitation a accompagné l’histoire de Rennes, discrètement nichée dans la rue qui porte encore son nom. Pourtant, en 2004, les derniers vestiges de cet édifice sont rasés. Aujourd’hui, rares sont les Rennais qui savent qu’à deux pas de la place Hoche s’élevait autrefois l’un des plus beaux ensembles conventuels de la ville.

La Visitation s’installe à Rennes en 1632. Fondé quelques années plus tôt par saint François de Sales et Jeanne de Chantal – la grand-mère de Madame de Sévigné –, l’ordre accueille des jeunes femmes, des veuves ou des personnes de santé fragile désireuses de consacrer leur vie à Dieu sans adopter la rigueur des grands ordres monastiques. D’abord tournées vers les malades, les Visitandines sont ensuite contraintes de vivre cloîtrées. Elles bâtissent alors un vaste monastère au nord de la ville, entre l’actuelle rue de la Visitation et la rue des Religieuses.

Si le monument a aujourd’hui disparu, nous le connaissons pourtant dans ses moindres détails grâce à Paul Banéat. Dans son monumental Le Vieux Rennes, publié au début du XXᵉ siècle, l’historien consacre plusieurs pages à la chapelle et au couvent. Ses descriptions sont si précises qu’elles permettent encore d’en franchir le seuil par l’imagination.

« La façade principale est exposée à l’ouest », écrit-il avant de décrire minutieusement une grande porte en plein cintre encadrée de colonnes ioniques, une frise bombée, une corniche denticulée, un fronton élégant et une vaste fenêtre décorée d’un cartouche sculpté. Rien n’échappe à son regard. Paul Banéat relève même les armoiries du monastère : « D’or à un cœur de gueules, percé de deux flèches d’or… le tout entouré d’une couronne d’épines. » On comprend, en le lisant, que la Visitation n’était pas une simple chapelle de quartier, mais un édifice particulièrement soigné.

L’intérieur n’était pas moins remarquable. L’historien évoque une nef rythmée par des pilastres à chapiteaux ioniques, des guirlandes sculptées, une voûte en berceau et des décors aujourd’hui totalement disparus. Il décrit également les bâtiments conventuels : la salle de communauté, le noviciat, l’infirmerie, les jardins, un petit oratoire réservé aux sépultures des religieuses, sans oublier un escalier tournant en granit reliant les différents bâtiments. Dans certaines salles subsistaient encore des peintures murales, un trophée décoratif de style Louis XVI et même une inscription inspirée des Psaumes : « S’il y a douleur semblable à ma douleur… » Plus qu’une description, Paul Banéat réalise un véritable inventaire patrimonial, conscient sans doute que ces témoignages auraient un jour une valeur inestimable.

La Révolution ferme le couvent, avant une réouverture en 1815. En 1874, les Sœurs de l’Immaculée-Conception de Saint-Méen-le-Grand rachètent l’ensemble pour y installer un établissement scolaire. Pendant plus d’un siècle, des générations de jeunes Rennaises fréquentent ces bâtiments chargés d’histoire.

Le destin de la chapelle bascule en 1900 lorsqu’un violent incendie ravage une partie du quartier. Les dégâts sont considérables. En mai 1901, L’Ouest-Éclair s’inquiète de l’état des lieux : « Des murs calcinés, des charpentes carbonisées menacent chaque jour les passants d’une chute certaine. » La chapelle est finalement restaurée. Quelques années plus tard, le quotidien raconte même une scène étonnante : au rez-de-chaussée, les magasins du négociant Louis Onfray occupent désormais les lieux, tandis que « le premier étage seul est livré au culte ». Commerce et vie religieuse cohabitent alors sous le même toit.

L’histoire aurait pu continuer encore longtemps. Mais en 1995, le collège quitte définitivement les lieux. La Ville de Rennes rachète le site en 2003 dans le cadre d’un projet immobilier. L’année suivante, les derniers vestiges de la chapelle disparaissent sous les pelleteuses. Cette démolition provoque une vive émotion chez de nombreux passionnés d’histoire locale. De cette mobilisation naîtra l’association Les Amis du Patrimoine rennais, décidée à défendre les édifices encore menacés.

Aujourd’hui, les passants remontent la rue de la Visitation sans imaginer qu’à cet endroit s’élevait autrefois l’un des plus beaux ensembles religieux de Rennes. Les pierres ont disparu, mais les pages de Paul Banéat continuent de raconter ce que la ville a perdu. Plus d’un siècle après leur publication, elles permettent encore d’ouvrir, par la seule force des mots, les portes d’une chapelle que les Rennais ne reverront jamais.

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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