Sur la terrasse, quelques clients ont repris leurs habitudes. Mais l’ambiance n’est pas vraiment à la fête. À 68 ans, la patronne du Melting Pot fait les comptes. Et ils sont mauvais. « Avec les vacances, il n’y a pas grand monde. J’ouvre pour la forme, mais à perte. J’ai manqué la Coupe du monde, la Grande Braderie, le 14 Juillet, la Fête de la musique, les Tombées de la nuit et la Ligue des champions… Je subis une perte de chiffre d’affaires énorme. »
Installé depuis 1991 au 16, rue Saint-Michel, l’établissement avait été contraint de baisser le rideau pendant deux mois. La préfecture avait prononcé sa fermeture administrative pour « trouble à l’ordre public », après de graves violences survenues le 15 mai. Ce soir-là, une dizaine d’individus cagoulés s’en étaient pris à un client régulier de l’établissement. L’agression, au cours de laquelle une arme blanche avait été utilisée, était liée à un trafic de stupéfiants (voir notre article).
« Mon barman a même reçu un coup de couteau »
Soizig Le Guilloux refuse pourtant que son bar soit tenu pour responsable. « Ni moi ni mon barman ne sommes impliqués. Mon barman a même été victime d’un coup de couteau ! » Avec son avocat, Me Guillaume Bailly, la commerçante avait saisi la justice par la voie d’un référé-liberté afin d’obtenir la suspension de la mesure. Sa demande a été depuis rejeté devant le tribunal administratif de Rennes. Le combat judiciaire n’est toutefois pas terminé : le 17 juillet, la gérante et son conseil ont déposé un recours pour excès de pouvoir contre la décision préfectorale.
À peine son bar rouvert, la patronne règle aussi ses comptes avec la politique menée dans le centre-ville. « 20 % des commerces ont fermé en deux ans », affirme-t-elle. «Les Rennais délaissent le cœur de la ville, notamment à cause du prix des parkings.» Et d’ajouter : «la maire a l’intention de mettre des commerces de bobos rue Saint-Michel. Conséquence, les commerçants ne font plus de chiffre d’affaires. C’est devenu une catastrophe : les bars et les commerces ferment les uns après les autres. »
Après plus de trente ans derrière le comptoir, Soizig Le Guilloux assure désormais vouloir tourner la page. Mais elle ne trouve pas de repreneur. « Je suis née à Rennes en décembre 1957. Je devrais être à la retraite ! Mais personne n’a voulu reprendre mon bar à cause de l’insécurité. » Le Melting Pot a retrouvé ses clients. Sa patronne, elle, n’a rien perdu de sa colère.


