Le 21 août 2021, peu avant 20 heures, une rixe éclate dans un appartement situé au quatorzième étage du n°1, square de la Volga, dans le quartier du Blosne, à Rennes. À l’arrivée des policiers, un homme, Mamadou X, 46 ans, gît au sol, inconscient, allongé sur le ventre dans une flaque de sang. Son décès par arrêt cardiorespiratoire est constaté plus tard, à 21 heures. Dans l’appartement se trouve aussi son ami de vingt ans. Jérôme X, dont il s’agit, présente une plaie saignante au cuir chevelu, a les mains ensanglantées et montre des signes d’ivresse. Son taux d’alcoolémie atteint 2,16 g par litre de sang.
Plus tôt dans la journée, Mamadou X et Jérôme X auraient volé du cannabis, des pièces de monnaie et de l’alcool à Ahmed Abdallah, habitant au cinquième étage du même immeuble. Ils auraient aussi pris ses clés. En colère, Ahmed Abdallah monte au quatorzième étage pour récupérer ses biens. Il est accompagné de son demi-frère Ben-Eman Bacari et d’Abderemane Ali, un Comorien surnommé Abdou. Dans l’appartement, la situation dégénère bien vite. Selon ses dires, Jérôme X reçoit un coup à la tête avec une statue en pierre. Il se réfugie alors dans la chambre pendant que Mamadou X est frappé dans le salon.
Les blessures pouvaient avoir été causées par le jet de la « statue en pierre » de onze kilos ou par des « sauts à pieds joints » sur la victime.
Quand les trois agresseurs quittent les lieux, Jérôme X sort de la chambre. Il découvre son ami au sol, sans pouls. Immédiatement, il appelle son oncle par la fenêtre et lui demande de prévenir les pompiers. « Il y avait du sang partout », confie-t-il. L’autopsie de la victime révèlera un traumatisme thoracique majeur, de multiples fractures hémorragiques aux côtes, un traumatisme crânofacial et une rupture de l’aorte thoracique. « Ces lésions sont d’ordinaire classiquement décrites lors d’accidents de la route à haute cinétique ou lors d’une chute d’une grande hauteur », notait le médecin légiste.
Mis en examen pour meurtre et violences aggravées en réunion avec usage d’une arme, Ahmed Abdallah, Ben-Eman Bacari et Abderemane Ali comparaissaient devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine du 9 au 12 février 2026. Devant les enquêteurs puis à l’audience, Ahmed Abdallah a reconnu un seul coup de pied « léger ». Ben-Eman Bacari a admis des coups de poing tandis que Abderemane Ali a affirmé lui ne pas avoir frappé. Mais tous soutiennent que la victime tenait un couteau à leur arrivée, un arme qui n’a toutefois pas été retrouvée.
À l’audience, l’avocat général, Jean-Marie Blin n’a pas mâché ses mots. « Tous trois ont participé à une scène unique de violence », a-t-il affirmé. Dans ses réquisitions, il a insisté sur l’intention meurtrière, le nombre de coups, leur localisation et leur intensité. Contre le principal auteur Abderemane Ali, il a demandé dix-huit ans de réclusion, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français et une interdiction de détenir une arme pendant quinze ans. Contre Ben-Eman Bacari, il a réclamé treize ans de prison, dix ans d’inéligibilité et quinze ans d’interdiction de détenir une arme,. Pour Ahmed Abdallah, il a exigé neuf ans de prison, un suivi socio-judiciaire de trois ans, dix ans d’inéligibilité et quinze ans d’interdiction de détenir une arme.
De l’autre côté de la barre, les avocats de la défense, Mes Julia Le Floc’h-Abdou, Benoît Poquet et Roger Bisalu, ont nié toute intention de tuer. Ils ont plaidé l’acquittement pour meurtre, estimant qu’une qualification de « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner » serait plus adaptée. Le 12 février 2026, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a rendu son verdict. Ben-Eman Bacari et Abderemane Ali sont condamnés à quinze ans de réclusion criminelle pour meurtre. Ahmed Abdallah est condamné à dix ans d’emprisonnement pour violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Tous trois sont également reconnus coupables de violences aggravées sur Jérôme X. RB et CB (PressPepper)


