Dimanche 21 décembre au matin, rue Edith Cavell — infirmière britannique fusillée par les Allemands pour avoir aidé à l’évasion de centaines de soldats alliés — la scène a de quoi surprendre les lève-tôt rennais. Sur les pavés encore brillants d’humidité, parfois traîtres, une ribambelle de Pères Noël arrive à vélo. Bonnet rouge vissé sous le casque, barbe au vent et tête baissée, ils déboulent en file presque disciplinée.

Ici, pas de rennes ni de traîneau. Les Pères Noël ont enfourché des vélos bien chargés, aux sonnettes qui tintent dans un joyeux concert de Jingle Bells. Le rouge domine, mais le fluo n’est jamais loin. Sécurité oblige. Même le Père Noël, à Rennes, respecte le code de la route, quitte à se frayer un chemin vers la ville aux milliers de… rennes.
En s’approchant de ce convoi pas comme les autres, un détail ne trompe pas : les vélos et les bas de pantalons sont un peu crottés. Rien à voir toutefois avec la boue décorative du centre-ville. Cette boue est celle des routes secondaires et des chemins d’hiver. Le groupe arrive tout droit de Saint-Aubin-du-Cormier, après plusieurs kilomètres dans les jambes, et pas mal de flaques au compteur.
Les passants s’arrêtent bien volontiers. Les téléphones sortent bien vite des poches. Très vite, tout le monde comprend : ce n’est pas une animation officielle du Carré rennais, juste des cyclistes déguisés qui ont décidé que décembre se traversait aussi à coups de pédales. Mais rien d’étonnant à cela ! Ville résolument engagée pour le vélo, Rennes dispose bien plus de pistes cyclables que les pistes enneigées.
Ce matin-là, le cortège a poursuivi sa route vers le marché de Noël. À l’arrière, le dernier Père Noël force un peu pour recoller, le Bernard Hinault de la bande. Barbe de travers, souffle court mais sourire intact. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on livre des cadeaux par milliers… à bicyclette. À Rennes, décidément, même le Père Noël préfère le vélo.


