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jeudi 5 novembre 2026
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De Rennes à Paris, les nouvelles égéries de la colère

Ils ne sont pas nécessairement les chefs du mouvement lycéen et des manifestations contre la vie chère. Mais ils en relaient les revendications, en commentent les affrontements et donnent à la colère de la jeunesse une visibilité considérable. Sur Instagram, TikTok et les autres réseaux sociaux, une nouvelle génération de militants, d’influenceurs et de journalistes engagés s’impose dans le débat public. À Rennes, où les blocages se succèdent depuis plusieurs semaines, deux figures retiennent particulièrement l’attention sur la toile : Erell Duclos et Léo Commune.

Ce jeudi 5 novembre, la contestation reprend de plus belle à Rennes. Dès les premières heures de la matinée, des lycéens se sont rassemblés devant Bréquigny, Émile-Zola, René-Descartes et Joliot-Curie. Barricades, interventions policières, gaz lacrymogènes et interpellations ont rythmé une nouvelle fois la mobilisation. Mais derrière ces événements, une autre bataille se joue, bien moins visible : celle de l’information et de l’influence sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, Instagram ou Snapchat, les vidéos circulent à une vitesse impressionnante. Un affrontement filmé devant un lycée, une intervention policière contestée ou un appel à manifester peuvent atteindre des milliers de personnes en quelques heures. À Rennes, deux vidéos évoquant de possibles violences policières avaient ainsi contribué, dès le 7 octobre, à alimenter les débats autour du maintien de l’ordre.

Parmi les nouvelles figures de cette contestation, Erell Duclos, connue sous le pseudonyme Erellux_ sur Instagram, occupe une place particulière. À 26 ans, cette étudiante en sociologie et salariée de l’Éducation nationale possède déjà une expérience militante et électorale. En mars 2026, elle a conduit la liste de Révolution Permanente aux élections municipales de Rennes. Elle a recueilli près de 1 300 voix, soit 1,75 % des suffrages exprimés. Un résultat modeste, mais une première étape pour cette militante qui entend faire entendre une parole révolutionnaire dans une ville dirigée depuis près d’un demi-siècle par les socialistes.

En décembre 2025, Rennes Infos Autrement l’avait longuement interrogée sur ses convictions politiques. Elle assumait alors clairement son engagement. « C’est une candidature assumée, collective et anticapitaliste, qui entend bousculer le jeu politique rennais. Il fallait quelqu’un pour l’incarner, alors j’y vais, mais la réalité, c’est que c’est un projet commun », expliquait-elle. Depuis, les événements sociaux lui offrent un nouveau terrain d’expression. Son discours, favorable à l’extension des mobilisations et à la grève générale, s’inscrit dans la stratégie de Révolution Permanente.

Mais son engagement dépasse la seule question des lycées. Pour elle, les difficultés rencontrées par les étudiants, la précarité des jeunes travailleurs et les choix économiques du gouvernement participent d’un même problème politique. « On est profondément anticapitaliste. Pour régler les problèmes sociaux, nous pensons qu’il faut changer radicalement le système, et pas seulement en France, mais à l’échelle internationale », nous confiait-elle déjà. Cette action  revendiquée ne fait pas pour autant d’Erell Duclos la dirigeante de la mobilisation rennaise. Elle apparaît plutôt comme l’une de ces militantes déjà politisées qui cherchent à élargir le mouvement lycéen à d’autres catégories de la population.

Léo Commune, la révolution depuis une cabane bretonne

Autre personnalité, autre style. Léo Commune, présent sur Instagram, a choisi un cadre bien éloigné des studios de télévision. Installé dans une cabane en Bretagne, ce jeune créateur de contenus, âgé d’une vingtaine d’années, développe une critique radicale du système économique et de la société industrielle. Sans électricité dans son habitation, il filme ses réflexions au milieu de la nature, avec un discours calme qui contraste avec ses propositions politiques. « Pour ceux qui ne me connaissent pas, moi, c’est Léo Commune, et je fais des vidéos sur pourquoi et comment faire la révolution », explique-t-il dans une publication rapportée par StreetPress. Depuis l’ouverture de son compte en juillet 2025, il a rassemblé quelque 173 000 abonnés.

Depuis septembre, Léo Commune encourage ses abonnés à soutenir les blocages lycéens et à s’organiser localement. Le 17 octobre, il apparaît dans une manifestation non déclarée. Une semaine plus tard, il se montre lors d’une action de blocage sur la rocade rennaise. Pour lui, la contestation doit dépasser les manifestations classiques et chercher à peser sur le fonctionnement économique du pays. Son parcours présente l’évolution d’un militant devenu une personnalité nationale, sans passer par les structures politiques habituelles. Sa présence dans des actions à Rennes montre que cette influence numérique peut aussi s’accompagner d’un engagement sur le terrain.

Grande Bavardeuse, Journalope, Diane Bonneau : les nouvelles voix nationales

À l’échelle nationale, d’autres personnalités contribuent à cette transformation des mobilisations. Anna Baldy, alias Grande Bavardeuse sur Instagram, s’est notamment fait connaître grâce à ses vidéos de vulgarisation politique. Avec près de 295 000 abonnés fin octobre, elle appartient à cette génération de créateurs capables d’expliquer des questions politiques complexes à un public jeune, dans un langage accessible. Sa notoriété est telle que le gouvernement a décidé de la recevoir à Matignon, le 26 octobre, en compagnie d’autres influenceurs. Le Premier ministre Sébastien Lecornu souhaitait leur présenter ses propositions concernant les lycéens, avant même de rencontrer les représentants syndicaux. À la sortie de la réunion, Anna Baldy exprimait largement sa déception. « Cet échange nous avait été initialement présenté comme une discussion, qui a pourtant commencé par la prononciation des décisions qui avaient déjà été prises. »

Autre visage de cette nouvelle scène médiatique, Emma, alias Journalope sur Instagram, est journaliste à Radio Nova et créatrice de contenus. Elle aborde notamment le féminisme, le racisme, les discriminations et les mouvements sociaux. Le 15 octobre, elle participait à une émission consacrée au soutien aux lycéens dans le programme Ça ira !, diffusé par L’Humanité. L’émission était animée par Pierre-Antoine Valade et Diane Bonneau, autre voix de cette nouvelle génération de journalistes engagés dans le traitement des mobilisations. Elle posait une question devenue centrale : comment les réseaux sociaux peuvent-ils servir à la fois à organiser la contestation, à diffuser une information alternative et à créer des solidarités ? 

En Mai 68, les étudiants avaient leurs affiches, leurs slogans et leurs assemblées générales. En 2026, ils disposent toujours de ces outils, mais aussi de TikTok, d’Instagram et de millions de téléphones portables. Erell Duclos, Léo Commune, Grande Bavardeuse, Journalope et Diane Bonneau n’appartiennent ni au même courant ni à la même famille militante. Ils ne partagent pas nécessairement les mêmes objectifs. Mais leurs parcours témoignent d’une transformation profonde du débat politique, où la visibilité sur les réseaux sociaux permet parfois de rivaliser avec celle des organisations historiques. Demeure une question : ces figures très visibles sur Internet représentent-elles véritablement les jeunes qui manifestent devant les grilles des lycées rennais ? Ou participent-elles à une contestation dont personne ne maîtrise réellement les contours ? En tout cas, ces personnalités sont très suivies. « Je les suis beaucoup et je ne suis pas la seule», explique une jeune rennaise étudiante. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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