Il faut savoir parler de ses confrères avec déférence. La rivalité n’empêche pas le respect. Rendons donc à la famille Coudurier ce qui est à la famille Coudurier : Le Télégramme compte dans le paysage médiatique français et, plus encore, breton. Durant bien des années, le quotidien a su devenir un acteur incontournable, peut-être aussi parce que son groupe a su se « débarrasser » de ses affaires non rentables et surtout se diversifier bien au-delà de son métier historique. Aujourd’hui, cette transformation prend un nom : Advenn. Cette appellation fleure bon la Bretagne, mais dit surtout combien l’entreprise a changé de dimension politique et économique.
Le changement est beaucoup plus qu’un simple opération de communication. Avec 1 330 collaborateurs et 280 millions d’euros de chiffre d’affaires, ADVENN rassemble désormais plus de trente marques autour de trois grands métiers : les médias, l’emploi et l’événementiel. Autour du quotidien breton gravitent désormais des entreprises comme Hellowork (recrutement), OC Sport, Rivacom, ainsi que des événements aussi connus que la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, les marathons de Nantes et de Genève, les Francofolies de La Rochelle ou le Printemps de Bourges. Autrement dit, l’entreprise née autour d’un journal régional est devenue un groupe aux activités très diverses.
Le mouvement a commencé au début des années 2000. Sans coup férir, le groupe a progressivement investi l’emploi, le recrutement, la communication, le sport, la culture et l’événementiel. Vingt-cinq ans plus tard, le rapport de forces économique s’est presque inversé : 65 % du chiffre d’affaires provient désormais d’activités situées hors des médias. Le changement de nom allait nécessairement de soi. Le Télégramme désignait à la fois le quotidien mais, par extension, un groupe dont l’essentiel de l’activité ne relevait plus directement de la presse.
« Le Télégramme est à l’origine de notre histoire et reste un actif essentiel du Groupe », rappelle néanmoins Jean-Baptiste Pavin, directeur général d’Advenn, dans un communiqué envoyé à notre rédaction. Mais après près de vingt-cinq années de diversification, ajoute-t-il, « il était naturel que le Groupe dispose désormais de sa propre identité ». Advenn doit donc permettre de distinguer clairement la maison mère du quotidien. Le Télégramme conserve son nom, son indépendance éditoriale, son ancrage régional et sa mission d’information. Le groupe prend, lui, une identité autonome.
Un nom qui fleure bon la Bretagne
Restait à baptiser ce nouvel ensemble. Advenn entend conserver une attache bretonne sans limiter ses ambitions au territoire régional. Le nom fait référence à l’Aven, rivière bretonne, mais également au verbe « advenir ». Deux idées s’y croisent : l’enracinement et le mouvement. Le double « n » doit également rappeler les origines bretonnes du groupe. Même le graphisme a été pensé en ce sens : le « E » du nouveau logo constitue, selon l’entreprise, un clin d’œil au drapeau breton. « Advenn est un nom qui nous projette et traduit notre état d’esprit : agir, entreprendre et faire grandir nos projets dans la durée », explique Jean-Baptiste Pavin.
Trois grands ensembles composent désormais officiellement Advenn. Le premier reste celui des médias, avec notamment Le Télégramme, Bretagne Magazine, Le Mensuel de Rennes, Tébéo, Tébésud et Viamédia. Le deuxième concerne l’emploi, avec Hellowork. Le troisième pilier est celui de l’événementiel, avec notamment OC Sport, INpacte, Cap Événementiel et Rivacom. Le groupe intervient dans de grands rendez-vous sportifs, parmi lesquels la Route du Rhum – Destination Guadeloupe (qui aura bien lieu), mais également dans la production de festivals comme les Francofolies de La Rochelle et le Printemps de Bourges.
Advenn ne compte visiblement pas s’en tenir là. Le groupe indique vouloir continuer à investir et saisir de nouvelles opportunités de croissance. La récente acquisition du Grand Bé, hôtel quatre étoiles de Saint-Malo et installé intra-muros, en est une illustration particulièrement parlante. De la presse quotidienne à l’hôtellerie, en passant par le recrutement, les courses au large, les festivals et la communication : le chemin parcouru est considérable. Le groupe reste présidé par Édouard Coudurier, tandis que Jean-Baptiste Pavin en assure la direction générale.
Et la presse dans tout cela ?
Ce changement d’identité pose cependant une question : quelle place restera demain au journal dans un groupe dont il a été la matrice mais dont il ne constitue déjà plus l’activité économique dominante ? Il y a quelques temps, le quotidien a récemment connu quelques remous éditoriaux. En 2025, la Société des journalistes du Télégramme avait publiquement pris ses distances avec un éditorial d’Hubert Coudurier, directeur de l’information et frère d’Édouard Coudurier. Dans un édito consacré à Vincent Bolloré, il défendait notamment le rôle de l’homme d’affaires dans le « pluralisme des idées ». Une partie de la rédaction avait estimé ne pas se reconnaître dans cette prise de position et rappelé son attachement à la tradition non partisane du quotidien. La direction avait, de son côté, défendu la liberté d’expression de son directeur de l’information au nom du pluralisme.
Cet épisode témoigne des débats qui peuvent traverser une grande rédaction régionale sur son identité, son indépendance et sa ligne éditoriale. Car derrière Advenn et ses chiffres impressionnants demeure un héritage particulier : celui d’une entreprise construite grâce à la presse et à l’information. Il faudra donc observer si, au milieu des plateformes numériques, des marathons, des courses au large, des festivals, de l’événementiel et désormais de l’hôtellerie, la presse restera la fine fleur du groupe et comment seront recrutés les journalistes. Espérons que nos confrères ne seront pas uniquement des têtes bien faites recrutées par des DRH, mais bel et bien des reporters curieux, amoureux du territoire et avec un certain esprit critique.


