Combien d’enfants en situation de handicap feront leur rentrée sans l’accompagnement auquel ils ont droit ? Interrogés lors de cette rentrée, la nouvelle rectrice de l’académie de Rennes, Nathalie Albert-Moretti, et ses services reconnaissent des difficultés persistantes. Mais ils mettent aussi en avant l’augmentation continue des moyens consacrés aux AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap).
C’est l’un des sujets sensibles de chaque rentrée scolaire (voir un récent article). Cette année ne déroge pas à la règle. Lors de la conférence de presse de Nathalie Albert-Moretti, la situation des élèves en situation de handicap est rapidement arrivée sur la table. Car d’après un chiffre avancé par l’UNSA en Ille-et-Vilaine, 1 500 élèves seraient sans AESH à cette rentrée. «C’est énorme ! », a réagi immédiatement la nouvelle rectrice. L’administration ne confirme toutefois pas ce chiffre en l’état, l’échange évoquant plutôt un ordre de grandeur autour du millier. Mais elle ne nie pas les difficultés.
Pour le rectorat, une partie de l’augmentation des besoins s’explique par une meilleure détection du handicap, et surtout plus précoce. L’instruction obligatoire à partir de trois ans a notamment avancé le moment où certaines situations sont identifiées par les instances éducatives. Au passage, l’administration tient à rappeler la définition légale et large du handicap. «Certaines situations, notamment les troubles du spectre autistique, sont davantage repérées qu’auparavant», note le rectorat.
47 ETP supplémentaires
Pour cette rentrée, 47 équivalents temps plein supplémentaires d’AESH ont été délégués à l’académie de Rennes. Ils viennent s’ajouter aux 4 579 ETP déjà en poste. «L’État a fait un effort», insiste l’administration. Le rectorat met également en avant un taux d’accompagnement supérieur à 90 % des situations. Mais il ne cherche pas à minimiser les cas restants. Chaque élève ayant besoin d’une aide et n’en bénéficiant pas demeure « une situation de trop », reconnaît l’administration.
Une autre difficulté tient au calendrier. Les « notifications des besoins » peuvent tomber jusqu’à l’été, voire au moment de la rentrée. Il existe donc toujours un décalage entre le moment où le besoin est officiellement reconnu et celui où l’Éducation nationale parvient à recruter puis à affecter une personne auprès de l’enfant. « Il y a toujours un moment de friction », reconnaît un responsable académique. Même avec davantage de moyens que de besoins, ajoute-t-il, ce délai administratif et humain ne disparaîtrait pas totalement.
L’accompagnement ne passe pas uniquement par un AESH
L’aide humaine est essentielle, mais elle ne doit pas nécessairement être permanente pendant toute la scolarité. L’objectif reste aussi de permettre progressivement à l’enfant de gagner en autonomie afin de préparer sa future insertion professionnelle et sa vie sociale. C’est notamment le rôle des pôles d’appui à la scolarité et des équipes ressources. Dans le Morbihan, l’administration affirme être depuis deux ans en capacité de répondre à l’ensemble des territoires avec ces dispositifs associant notamment un professeur des écoles coordinateur et un éducateur spécialisé.
Dans le Finistère, les services académiques indiquent couvrir « quasiment tous les besoins », avec un taux supérieur à 90 %. Mais ils apportent aussitôt une nuance : répondre à une notification ne suffit pas. Encore faut-il que la solution apportée corresponde réellement aux besoins particuliers de l’enfant ! À quelques heures de la rentrée, impossible toutefois pour le rectorat de fournir un chiffre définitif des élèves qui resteront sans accompagnement. Les notifications continuent d’évoluer et les recrutements aussi. Sur ce sujet, la rentrée se joue donc encore au jour le jour. Avec Maïwenn Jamois.


