Une vidĂ©o montrant les policiers en train de saisir plusieurs chiens appartenant Ă des personnes sans domicile fixe, place Sainte-Anne, a provoquĂ© un tollĂ© sur les rĂ©seaux sociaux. PubliĂ©e le vendredi 17 juillet par l’Union Pirate, syndicat Ă©tudiant influent et proche de La France insoumise, elle cumule près de 24 000 “likes” sur Instagram. « La honte », dĂ©plore en commentaire la dĂ©putĂ©e et conseillère municipale LFI Marie Mesmeur.Â
« C’est ignoble » dĂ©clare dans une autre vidĂ©o « Petit Ju », le propriĂ©taire de deux chiens, Shiva et Sofia, capturĂ©s par les agents de police. En quelques jours seulement, près d’une dizaine de milliers de personnes ont Ă©tĂ© indignĂ©s devant les images qui dĂ©noncent un « manque d’humanitĂ© ». Sur X, anciennement Twitter, un anonyme s’interroge mĂŞme sur la solitude des SDF. « Ils n’ont que leur chiens comme famille. Pourquoi la mairie leur inflige ça ? »Â
Le jour mĂŞme de la saisie des chiens par les agents de police, une cagnotte en ligne a Ă©tĂ© ouverte. « Les chiens des SDF de Sainte-Anne ont Ă©tĂ© emmenĂ©s Ă la fourrière ! On parle de 8/9 chiens, 10 d’après les mĂ©dias. C’est inadmissible de faire ça Ă des personnes qui sont dans le besoin et souvent seuls. Peu importe le montant merci de votre participation ! » Avec 2153 euros rĂ©coltĂ©s, la barre des 1500 euros espĂ©rĂ©s a Ă©tĂ© largement dĂ©passĂ©e.Â
Ce lundi 20 juillet, les propriĂ©taires des six chiens saisis ont retrouvĂ© leur compagnon, soit trois jours Ă peine après leur capture. Un arrĂŞtĂ© municipal de 2004, concernant l’interdiction des regroupement de chiens dans le centre-ville, mentionne pourtant une durĂ©e de « 8 jours ouvrĂ©s » Ă la fourrière pour les chiens capturĂ©s par les autoritĂ©s. La pression mĂ©diatique n’a donc pas laissĂ© la mairie immobile…
Une politique de « gentrification des centres-villes »
La Ville justifie la saisie des chiens par la volontĂ© de garantir « la tranquillitĂ© et la sĂ©curitĂ© des personnes prĂ©sentes sur la place. » Les reprĂ©sentants de la mairie entendent « sensibiliser les usagers au partage de l’espace public et rappeler le respect des règles en vigueur », notamment l’arrĂŞtĂ© municipal de 2004, signĂ© par l’ancien maire socialiste Edmond HervĂ©.Â
Cet arrĂŞtĂ© interdit « le regroupement de chiens occasionnant, par leur importance numĂ©rique, un trouble Ă la sĂ©curitĂ©, la salubritĂ©, la tranquillitĂ© ou l’ordre publics », dans tout le centre-ville, ainsi que « dans les parcs et squares publics ainsi que dans les zones de dĂ©tente et de loisirs. »Â
Des faits similaires se sont dĂ©roulĂ©s Ă Rennes en mars et en mai 2013, suite Ă la morsure d’un passant par un chien de personne sans domicile fixe. Un des propriĂ©taires avait dĂ©plorĂ© devoir dĂ©bourser 85 euros pour rĂ©cupĂ©rer ses chiens, « une fortune ». Aujourd’hui, la somme est de 111€ par chien.Â
Dans un communiqué, l’opposition à gauche du parti socialiste (LFI, NPA-l’Anticapitaliste, Union Pirate et Révolution Permanente) juge la politique socialiste injuste. « Cette décision est une volonté de poursuivre la gentrification des centres-villes en éloignant les populations les plus précaires de l’espace public. »
Une problématique qui concerne d’autres villes de l’Ouest
A Dinan, le maire de droite Didier Lechien a publié un arrêté en 2014 contre les rassemblements de chiens et la consommation d’alcool sur la voie publique, tout en se défendant: « Ce n’est pas un arrêté anti-SDF. » La municipalité nantaise a également publié un arrêté contre les chiens non tenus en laisse. Presse Océan relatait dans un article en 2019 l’émotion suscitée par la saisie d’une dizaine de chiens par les policiers. Un représentant de la maire socialiste Johanna Rolland déclarait, auprès de nos confrères : « C’est une question de pacification et de partage de l’espace public. Riverains, commerçants, touristes doivent pouvoir se sentir en sécurité. En cas d’accident, cela pourrait être reproché à la Ville. »


