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Ces Rennais qui ont marqué l’histoire : Christophe-Paul de Robien, le savant qui a révélé la Bretagne

Chaque année, des milliers de visiteurs franchissent les portes du Musée des beaux-arts de Rennes. Beaucoup s’arrêtent devant un fascinant cabinet de curiosités où se mêlent coquillages exotiques, fossiles, monnaies antiques, animaux naturalisés, objets venus d’Orient ou d’Amérique et trésors archéologiques. Peu savent pourtant qu’ils contemplent l’héritage d’un Rennais du XVIIIᵉ siècle : Christophe-Paul de Robien. Magistrat au Parlement de Bretagne, collectionneur passionné, naturaliste, historien et archéologue avant l’heure, il a consacré sa vie à comprendre le monde… et surtout à révéler la Bretagne.

À Rennes, son nom demeure discret. Une rue lui rend hommage, les historiens le citent régulièrement, mais rares sont ceux qui connaissent réellement son parcours. Pourtant, il est considéré comme le père de l’archéologie bretonne. Deux siècles avant que cette discipline ne se structure véritablement, il sillonnait déjà les campagnes, carnet à la main, pour observer les monuments anciens, relever les vestiges gallo-romains et tenter de percer les secrets des mégalithes. Une démarche scientifique totalement novatrice pour son époque.

Né à Rennes le 4 novembre 1698 dans une famille de la haute magistrature bretonne, Christophe-Paul de Robien grandit dans l’hôtel particulier acquis par son père quelques années plus tôt, aujourd’hui connu sous le nom d’hôtel de Robien. Élève des Jésuites, il poursuit des études de droit avant de devenir conseiller au Parlement de Bretagne à seulement vingt et un ans. En 1724, il accède à la prestigieuse fonction de président à mortier. Une carrière toute tracée semblait s’offrir à lui. Mais derrière la robe du magistrat se cachait un homme mû par une curiosité insatiable. Là où d’autres accumulaient les titres, lui préférait accumuler les connaissances.

Cette passion le conduit à constituer, depuis Rennes, l’une des plus extraordinaires collections de son temps. Dans son hôtel particulier, il rassemble près de 3 000 ouvrages, des milliers d’estampes, des tableaux, des monnaies antiques, des pierres gravées, des fossiles, des minéraux, des instruments scientifiques, des objets ethnographiques venus des quatre coins du monde ainsi que des curiosités naturelles. Son cabinet devient rapidement une référence. Savants, érudits et voyageurs font le détour par Rennes pour admirer cette collection exceptionnelle, décrite dès le XVIIIᵉ siècle comme l’une des plus remarquables de France.

Lorsque éclate la Révolution française, les collections sont saisies comme biens nationaux. Loin de disparaître, elles sont conservées par la puissance publique et constituent le socle des collections du futur Musée des beaux-arts de Rennes. Aujourd’hui encore, le célèbre cabinet de curiosités présenté dans le parcours permanent du musée perpétue l’esprit imaginé par Christophe-Paul de Robien. En le découvrant, les visiteurs contemplent bien davantage qu’une accumulation d’objets insolites : ils entrent dans l’univers intellectuel d’un homme persuadé que la connaissance du monde passait par l’observation, la comparaison et la curiosité.

Mais Christophe-Paul de Robien ne se contente pas de collectionner. Il part sur le terrain. À cheval ou en voiture, il parcourt inlassablement la Bretagne. Il visite Carnac, la Roche-aux-Fées, Locmariaquer, Corseul, Vannes et bien d’autres sites. Partout, il dessine les monuments, prend des mesures, relève les inscriptions, compare les architectures et s’interroge sur leur origine. À une époque où les mégalithes sont encore entourés de légendes, il cherche des explications rationnelles. Il est notamment le premier à reconnaître certains tumuli comme des sépultures gauloises et réalise les premiers relevés cartographiques à vocation archéologique en Bretagne. Plus remarquable encore, il défend le génie des bâtisseurs celtes, estimant qu’ils méritent autant de considération que les Romains, une position audacieuse dans une Europe encore fascinée par l’Antiquité classique.

Pendant près de trente ans, il rassemble patiemment le fruit de ses observations dans une œuvre monumentale : la Description historique et géographique de la Bretagne. Ce manuscrit de 367 feuillets, enrichi de 141 dessins et illustrations, constitue un véritable inventaire de la Bretagne du XVIIIᵉ siècle. Histoire, géographie, géologie, monuments, traditions, paysages : rien n’échappe à son regard. Dans sa préface, il explique vouloir offrir « la description la plus large et la plus complète de la Bretagne ». Si cette somme ne sera publiée qu’en 1974, plus de deux siècles après sa mort, elle demeure aujourd’hui encore une référence incontournable pour les chercheurs.

Visionnaire, Christophe-Paul de Robien rêve aussi de fédérer les savants bretons. À deux reprises, il tente de créer une Académie des sciences et des arts de Bretagne. Le projet échoue, faute de soutien. Ironie de l’histoire, cette académie verra finalement le jour après sa disparition. Lui-même sera néanmoins élu à l’Académie royale des sciences et des arts de Berlin, l’une des institutions savantes les plus prestigieuses d’Europe, reconnaissance internationale d’un travail accompli depuis Rennes.

Lorsqu’il meurt le 5 juin 1756, Christophe-Paul de Robien laisse derrière lui une œuvre immense. Au XIXᵉ siècle, Arthur de La Borderie le qualifiera de « père de l’archéologie bretonne », un titre qui lui est toujours attribué aujourd’hui. Ses dessins, ses cartes et ses descriptions continuent d’être exploités par les historiens et les archéologues. En 2010 encore, les Cahiers numismatiques consacraient une étude approfondie à sa remarquable collection de pierres gravées, preuve de l’intérêt toujours vif que suscite son travail.

À une époque où les sciences étaient encore balbutiantes, Christophe-Paul de Robien avait compris qu’il fallait sortir des bibliothèques pour observer le monde. Il a parcouru la Bretagne avec un regard neuf, mêlant rigueur scientifique, passion du patrimoine et curiosité universelle. Le cabinet de curiosités du Musée des beaux-arts, qui continue aujourd’hui d’émerveiller les visiteurs, n’est finalement que la partie la plus visible d’un héritage bien plus vaste : celui d’un Rennais qui a contribué à faire entrer la Bretagne dans l’Histoire.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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