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mercredi 22 juillet 2026
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En 1926, les envahisseurs en costume de tweed dans les trains

Le papier a cent ans. Presque jour pour jour. Il est paru dans L’Ouest-Éclair du 31 juillet 1926. Un siècle plus tard, il se lit avec un mélange de saveur, surprise, d’amusement et d’intérêt historique. Car, au fond, il ne parle pas seulement des touristes britanniques. Il raconte surtout la façon dont les Bretons regardaient leurs visiteurs.

Le journaliste décrit l’ambiance d’un train à destination de la Côte d’Émeraude. « les voitures de 1re classe étaient presque exclusivement occupées par les Anglais», écrit-il. Puis vient une formule savoureuse et suffisamment détaillée pour faire sourire : « La livre sterling s’étalait sur les banquettes avec une impudence souveraine. »

En quelques mots, tout est dit. Les touristes britanniques sont nombreux, riches, visibles. A l’inverse, les voyageurs français, montés en cours de route, restent debout dans les couloirs. Ils ne reçoivent, écrit-il, que « les sourires ironiques de ces excellents Anglais », lesquels, ajoute-t-il encore, bousculent parfois les Français « sans d’ailleurs s’en excuser toujours ».

Le ton étonne aujourd’hui la presse un brin proprette. Mais il faut le replacer dans son époque. Les stations balnéaires de Dinard, Saint-Lunaire ou Saint-Briac vivent alors largement au rythme des villégiatures britanniques. La Côte d’Émeraude, baptisée ainsi quelques décennies plus tôt, est devenue l’une des destinations favorites de l’aristocratie et de la bourgeoisie anglaises.

Le journaliste distingue pourtant deux catégories de visiteurs. Il se montre respectueux envers « l’Anglais correct qui nous visitait avant-guerre.» En revanche, il juge plus sévèrement une clientèle nouvelle, qu’il décrit comme composée d’individus « sans éducation », venus grâce à la vigueur retrouvée de leur monnaie. Puis survient un étonnant retournement. Après avoir égratigné ces vacanciers, le journaliste adresse ses critiques… aux commerçants français. Il déplore qu’ils ne sachent pas suffisamment séduire cette clientèle étrangère.

Son constat est sans appel.  « Les quelques livres que le gouvernement anglais octroie régulièrement […] devraient donner à notre commerce de marchandises de toutes sortes […] un parti au moins égal à celui que les magasins anglais retirent des sommes importantes que ce charmant touriste local […] vient dépenser chez eux en devises tous les achats faits par les Anglais. » Autrement dit, déjà en 1926, on parle pouvoir d’achat, concurrence commerciale, devises étrangères et attractivité touristique.

Cent ans plus tard, les Britanniques sont toujours là. Ils ne viennent plus forcément en train avec leurs lourdes malles, mais en ferry, en voiture ou en avion. Ils fréquentent toujours Saint-Malo, Dinard, Cancale ou le cap Fréhel. Les questions, elles, n’ont guère changé : comment accueillir les visiteurs sans perdre son identité ? Comment profiter de leur présence tout en préservant un équilibre local ? Derrière les mots parfois abrupts d’un journaliste de 1926 se cache déjà une réflexion très contemporaine sur l’économie, l’hospitalité et le regard que nous portons sur ceux qui viennent passer l’été chez nous.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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