Ce lundi, le conseil municipal de Rennes a instauré un régime d’astreinte pour les agents municipaux chargés d’effacer les inscriptions les week-ends et jours fériés, après les manifestations ou les grands rassemblements. «Cela ne change rien à ce qui se pratique actuellement. On sécurise juridiquement le positionnement de ces agents », a assuré Cyrille Morel, adjoint au maire, chargé de la propreté.
Mais le sujet a rapidement donné lieu à un affrontement politique entre la majorité, le centre-droit et La France insoumise. Pour Antoine Cressard, conseiller municipal du groupe Vivre Rennes, cette mesure ne répond toutefois pas à l’ampleur du phénomène. « Nous prenons acte que vous créez officiellement cette astreinte pour ces agents, ce que nous interprétons comme une volonté de renforcer la présence et l’efficacité de la douzaine d’agents dédiés à cette mission. Cependant, nous doutons que ce soit suffisant pour combattre ce fléau qui enlaidit la ville et dégrade le patrimoine depuis des années. »
« Nous avons tous à cœur de trouver des solutions à ce problème permanent. » Antoine Cressard.
Pour l’élu d’opposition, la capitale bretonne accuse un net retard dans la lutte contre les tags. «Rennes est progressivement couverte de tags, ce qui la différencie d’un certain nombre d’autres villes comparables, comme Dijon », a-t-il lancé. Contre cette «pollution visuelle», Antoine Cressard plaide pour une politique plus offensive. Il propose notamment d’interdire, sauf pour les professionnels, la circulation nocturne avec des bombes de peinture, de renforcer le nettoyage des façades privées, d’étoffer les effectifs municipaux et de développer les interventions sur les tags situés en hauteur. « Il faut intensifier le nettoyage immédiat des tags », a-t-il insisté.
La France insoumise défend une autre philosophie
Les critiques sont également venues de Victor Bayard, conseiller municipal de La France insoumise, mais avec une approche trédicalement différente. Pour lui, la délibération traduit avant tout « un choix politique ». Il compare même la lutte contre les tags au « mythe de Sisyphe ». « On monte une pierre, elle redescend, on la remonte, elle redescend », a-t-il illustré. S’il reconnaît « la nécessité d’entretenir l’espace public », il s’interroge sur la priorité donnée à l’effacement systématique. « Tous les tags ne relèvent pas de la même réalité. Il y en a qui sont des dégradations, d’autres relèvent d’une expression artistique, culturelle ou poétique. »
En filigrane, l’élu insoumis dénonce « une vision hygiéniste de l’espace public » et appelle à privilégier « le dialogue, la prévention et les espaces d’expression ». Victor Bayard souhaite désormais « enclencher une nouvelle phase de la politique de la ville » et annonce vouloir proposer à la majorité « de co-construire cette initiative » avec les habitants, d’anciens agents municipaux, des usagers de la ville et même des tagueurs, afin d’imaginer des solutions plus durables.
Face aux critiques, Nathalie Appéré a rappelé que la délibération répondait avant tout à des situations d’urgence. « Les effacements concernent des inscriptions à caractère menaçant ou insultant, singulièrement lorsqu’elles sont racistes ou homophobes », a souligné la maire. Chargé de répondre plus en détail, Cyrille Morel a d’abord rejeté la proposition d’interdire le transport de bombes de peinture. « Je ne sais pas quelle serait la base légale pour une telle interdiction », a-t-il déclaré. « Rennes accueille 70 000 étudiants, dont un certain nombre en arts plastiques ». Selon lui, il serait difficile de considérer « quiconque se déplace avec un marqueur épais ou une bombe de peinture comme un délinquant en puissance. »
Rennes dispose déjà d’un « réseau urbain d’expression » permettant aux artistes de street art de réaliser des œuvres légalement. Cyrille Morel
Puis, l’adjoint a répondu aux critiques sur le nettoyage des façades. «Aujourd’hui, nous effaçons systématiquement tous les tags, sauf volonté exprimée par les propriétaires de refuser l’intervention sur leur mur», a-t-il rappelé. « Nous disposons d’une équipe de douze agents dédiée au centre-ville, complétée par une entreprise spécialisée pour les autres quartiers et les interventions en hauteur.» Longuement, Cyrille Morel a rejeté toute idée d’un durcissement de la politique municipale. « Il n’y a pas de montée en puissance d’une équipe qui serait dédiée à une répression accrue des tags », a-t-il affirmé. Au-delà de la question des astreintes, ce débat a finalement révélé trois visions de la lutte contre les tags. Là où la majorité défend une intervention rapide pour préserver le cadre de vie et faire disparaître les inscriptions haineuses, Vivre Rennes réclame une politique plus ferme et davantage de moyens. La France insoumise, de son côté, appelle à sortir d’une logique exclusivement curative pour développer la prévention, la médiation et de nouveaux espaces d’expression destinés aux artistes urbains.


