« Il me faisait pitié. Je lui achetais de temps en temps à manger. Même de la crème solaire pour se protéger ». La bonté d’âme de cette femme de 42 ans pour un SDF de son quartier s’est peut-être retournée contre elle. Et ses mauvaises fréquentations en auraient alors profité.
Il est des journées alcoolisées qui finissent moins bien que d’autres. Le 24 juin dernier, boulevard de Metz, un sans domicile fixe bien connu du quartier est recueilli par les pompiers dans la rue. Il présente trois plaies à l’arme blanche : au thorax, à l’abdomen et à la fesse. Il est pris en charge. Les blessures ne sont pas profondes.
Quelques instants après, une femme sort dans la rue. C’est elle qui a porté les coups. Elle habite au dessus. Tous deux, accompagnés d’un autre homme disparu au moment des faits, ont bu ensemble un peu plus tôt. Au moins « deux bières légères et une forte » chacun, dans le salon.
Sauf que les déclarations divergent : entre les auditions devant la police et les propos au tribunal, mais aussi entre les deux parties. Chacun a sa version, et elles n’ont rien à voir.
« Je me suis sentie en danger »
Elle, assure que l’homme qu’elle avait invité à boire un verre chez elle était devenu incontrôlable. Il aurait tenté de s’imposer au domicile, et même de l’embrasser. Devant le comportement violent, elle avoue à demi-mots s’être emparée d’un couteau de cuisine pour le repousser, jusque dans le hall de l’immeuble. Selon sa version, c’est en se débattant que l’homme aurait pris des coups.
Lui, propose une version radicalement différente. Une version constante depuis les faits. « Je me suis endormi, alcoolisé dans son canapé. D’un coup, elle m’a réveillé. Elle était très énervée. Elle avait un couteau et faisait de grands gestes », explique-t-il à la barre. Il indique avoir reçu un premier coup au thorax avant d’avoir fui par l’ascenseur. « Elle m’attendait alors en bas, dans la rue. Elle est descendue par les escaliers. Et elle m’a porté d’autres coups. »
Des zones d’ombres
Le tribunal comme la procureure sont d’accord : « Il y a des faits avérés dans ce dossier. D’autres beaucoup moins », reconnaît la juge. « Monsieur a pris trois coups de couteau : ça, c’est sûr », ajoute la procureure. « Aucune preuve n’existe que monsieur ait été violent », ajoute l’avocate du SDF, qui appuie sur le fait que les versions de la femme changent constamment, « Tant dans les faits, que dans sa reconnaissance d’être une buveuse régulière. »
« Ma cliente n’a pas 13 condamnations à son casier judiciaire », ironise l’avocat de la femme, en référence au passif du banc adverse. « Elle est insérée professionnellement et amicalement et, tant qu’on ne prouvera pas le contraire, ne passe pas ses journées à consommer de l’alcool devant supérettes », poursuit-il. Les coups sont reconnus, mais justifiés. « Comment pouvait-elle réagir dans une telle situation de stress ? Elle est confuse et honteuse d’avoir agi de la sorte. Mais que se serait-il passé si elle ne l’avait pas fait ? », questionne l’avocat.
Le tribunal, après en avoir délibéré, a relaxé l’homme pour les faits de violence. « Nous avons des éléments pour dire qu’il y a eu des coups, mais les circonstances sont trop floues pour entrer en voie de condamnation », a justifié la juge.
La femme écope d’une peine de huit mois de prison avec sursis probatoire. « Nous considérons que le tribunal n’a pas connaissance de tout ce qui s’est passé ce soir-là. Il est clair qu’à un moment, madame a eu peur et a voulu sortir monsieur », reconnaît le tribunal qui refuse pour autant de croire à la légitime défense.


