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lundi 29 juin 2026
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« Justice pour Marie » devant la Cour d’assises

Ce lundi 29 juin, il est à peine 9 heures devant le Parlement de Bretagne. Les Rennais et les Rennaises rejoignent leur travail. Mais au loin, une clameur interpelle les passants. « Justice pour Marie ! », « Marie, on ne t’oublie pas ! », « On veut rester en vie ! » Les slogans résonnent sous les fenêtres de la Justice. Ils sont portés par plusieurs dizaines de personnes venues soutenir la mémoire de Marie Thakizimana, tuée en avril 2022 par son ex-conjoint dans le quartier de Villejean.

Devant le Parlement, on reconnaît la conseillère départementale Régine KomKoli, des membres de collectifs féministes, des associations, des syndicats étudiants et de nombreux anonymes. Les visages sont graves, fermés. Devant les objectifs des journalistes, des pancartes réclament justice. Quelques bougies vacillent entre les mains des participantes et de quelques participants. Peu avant l’ouverture de l’audience, beaucoup se pressent devant les portes de la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, dans l’espoir d’assister au procès de celui qui comparaît jusqu’au 2 juillet pour le meurtre de son ancienne compagne.

«Nous sommes là pour soutenir les enfants, mais aussi parce qu’on ne veut plus pleurer d’autres femmes. On ne lâche pas. On ne lâchera jamais. » Pour elle, ce procès dépasse le seul sort de l’accusé. « On veut toute la vérité. On aurait pu sauver la vie de Marie. » Au fil de son témoignage, l’élue revient sur les nombreuses alertes qui auraient précédé le drame. « Les faits étaient là. Il y avait eu des hospitalisations. Pour nous, il y a eu beaucoup de négligence. Cela vient questionner la façon dont on traite ces dossiers. » 

« On veut questionner les pouvoirs publics », indique Régine Komkoli.

Pour Régine KomKoli, ce rassemblement s’adresse aux auteurs de violences. «Ce que vous faites est grave. Derrière, vous laissez des enfants, des familles, des vies brisées. » Autour d’elle, de nombreuses femmes confient avoir vécu des violences similaires. «Depuis ce matin, des personnes viennent me dire : moi aussi, j’ai subi cela. Moi aussi, j’aurais pu mourir.» Tout comme elles, Régine a vécu, elle-aussi dans sa chair l’abomination.  « J’ai seize coups de couteau dans mon corps. »

Mais au-delà de sa souffrance, l’élue s’en veut. « Je me dis que je n’ai pas réussi à sauver ma copine. » Depuis, elle ne cesse de se battre avec d’autres. Après la marche blanche organisée en hommage à Marie, elle a créé avec ses amies un collectif d’entraide, composé de femmes formées à l’écoute, baptisé les Clandestines. « Nous travaillons dans le secret pour faire sortir du silence les oubliées des violences, » explique Régine Komloli. « Les victimes vivent souvent avec leur agresseur. Il faut pouvoir les accompagner sans les mettre davantage en danger. Notre réseau, joignable uniquement par les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille, revendique une capacité d’écoute dans vingt-deux langues afin d’aider aussi les femmes étrangères, parfois confrontées à la barrière de la langue au moment de déposer plainte.

Pour l’élue, il reste pourtant un immense travail. « Partir pour une femme est extrêmement difficile. Il y a l’amour, l’emprise, les enfants, la dépendance financière, la honte. C’est pour cela qu’il faut être accompagné. » Au passage, Régine KomKoli dénonce  le manque de solutions concrètes offertes aux victimes. « Hébergement insuffisant, procédures trop longues, difficultés financières sont autant d’obstacles qui poussent certaines femmes à retourner vivre avec leur agresseur. Quand une femme porte plainte, il faudrait que l’auteur soit entendu immédiatement. Aujourd’hui, ce n’est souvent le cas que lorsque les faits sont déjà extrêmement graves. »

Pour elle, la mobilisation de ce lundi constitue néanmoins un signal d’espoir. Des personnes sont venues de Rennes, du Mans, de Paris et d’autres villes. « Cela montre que les gens sont sensibles à ces questions. Les associations demandent surtout une chose : des moyens. Tant qu’il n’y aura pas les moyens, on ne pourra rien faire. » À quelques mètres de là, les portes de la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine s’ouvrent. Les soutiens de Marie entrent en silence. Toutes ne pourront pas rentrer. Le temps du procès commence, enfin. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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