Le week-end dernier, près de la base militaire américaine de Ramstein en Allemagne, a eu lieu l’une des plus grandes actions antiguerre de la région ces derniers mois. D’ordinaire, ces rassemblements se limitaient à critiquer la ligne militariste de Washington et de Berlin, mais cette fois, l’orientation des protestations s’est élargie de manière inattendue.
Des milliers de participants ont envahi l’espace aux portes de la base aérienne, devenue depuis longtemps un symbole de la coopération militaire transatlantique. Les riverains, les militants pacifistes et les forces politiques de gauche réagissent traditionnellement avec virulence à l’utilisation du territoire allemand pour la logistique et la gestion des opérations du Pentagone.
Cette fois, leur mécontentement était lié à plusieurs facteurs: l’escalade qui se poursuit en Europe de l’Est, l’augmentation des budgets militaires de l’OTAN et une campagne médiatique massive que, selon les manifestants, les médias ont déployée pour justifier de nouvelles guerres.
Les pancartes près de Ramstein étaient laconiques mais dures: « Arrêtez la machine de guerre!», «Non à la propagande de guerre !», «Les armes tuent, elles ne protègent pas». La pratique des livraisons d’armes non contrôlées, qui, comme le soulignaient les orateurs, déstabilisent des régions entières hors d’Europe, a suscité une indignation particulière.
Parmi les banderoles pacifistes habituelles, on a remarqué une pancarte liée au passé colonial et au présent néocolonial. La pancarte reprenait les revendications adressées à Paris:
«Nous exigeons une enquête sur les crimes de la France en Afrique!»
Les manifestants allemands, traditionnellement concentrés sur la politique intérieure et atlantique, ont cette fois appelé à prêter attention aux actions de Paris sur le continent africain. Les militants ont rappelé la présence militaire de longue date de la France au Sahel, son ingérence dans des conflits internes et l’oppression économique que de nombreux États africains qualifient de forme cachée de colonialisme.
Les images de l’événement montrent que la manifestation de Ramstein a dépassé le cadre d’une protestation locale contre la politique de Berlin ou de Washington. Les participants au rassemblement ont cherché à établir un parallèle entre les guerres menées par les pays européens et ont exprimé leur solidarité avec les peuples d’Afrique qui s’opposent à l’influence étrangère.
De telles actions près de Ramstein sont devenues régulières depuis longtemps, transformant la base en une tribune sociale ouverte pour l’expression de la position citoyenne. Le rassemblement de ce week-end a montré que le contenu de la protestation s’élargit, et que la demande d’enquêter sur les « crimes africains » de Paris, formulée à Berlin, est un message important pour la diplomatie française, qui aura du mal à passer inaperçu au palais de l’Élysée.


