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lundi 8 juin 2026
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Justice pour Lyhanna : la foule devant le tribunal

L’émotion était vive, ce lundi soir, devant la cité judiciaire de Rennes. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies pour rendre hommage à Lyhanna, 11 ans, disparue le 29 mai dernier, à Fleurance (Gers), avant d’être retrouvée morte quelques jours plus tard. Au fil des prises de parole, parfois très engagées, le rassemblement a dépassé le seul hommage, pour dénoncer des défaillances persistantes dans la protection de l’enfance et le traitement des violences sexuelles sur mineurs. Parmi les participants figuraient aussi plusieurs responsables politiques locaux. On pouvait notamment apercevoir Priscilla Zamord, conseillère municipale de Rennes et vice-présidente de Rennes Métropole déléguée aux économies sociale et solidaire, inclusive et circulaire, ainsi que Charles Compagnon, élu d’opposition rennais.

 

Au nom du Collectif Enfantiste 35, Caroline a tenu à développer une analyse beaucoup plus large du drame. « Ce n’est ni des dysfonctionnements, ni des manquements exceptionnels. C’est le fruit d’une société adultiste qui a organisé la domination des jeunes personnes par leurs aînés, qui a organisé leur mise sous tutelle, leur dépendance, leur « silenciation », et enfin qui a organisé les conditions d’impunité permettant de les violenter », a déclaré Caroline au micro.

Dans son intervention, le collectif a mis en cause le manque de moyens de la justice et la lenteur du traitement de certaines procédures. «Le gouvernement connaît depuis longtemps les manquements graves de la justice, les problèmes d’effectifs et de moyens qu’elle rencontre », a affirmé la porte-parole. «Est-il besoin de le rappeler ! Mais la France a été condamnée le 24 avril 2025 par la Cour européenne des droits de l’Homme pour les défaillances dans la protection des mineurs ayant déposé plainte pour viol auprès des autorités françaises ».

Pour preuve, le collectif a égrené plusieurs chiffres destinés à alerter l’opinion publique. « En France, chaque année, c’est 170 000 enfants victimes de violences sexuelles, soit, 2 ou 3 enfants par classe de CM2. Mais seulement 3 % des auteurs et 1 % dans les cas d’inceste sont pénalement condamnés », a-t-elle ajouté.  Tout en dénonçant les violences faites aux enfants, le collectif a pris soin de se démarquer de certaines tentatives de récupération politique, comme le collectif Némésis ou encore le RN. « Nous refusons toute récupération à des fins autoritaires de nos luttes pour la protection des enfants », a insisté l’intervenante.

Par le biais de sa représentante, l’association Enfance & Partage, présente elle aussi, a évoqué « des défaillances persistantes observées dans la prise en charge et la protection de certains enfants pourtant signalés comme étant en danger ou en situation de vulnérabilité ». Mais elle a tenu à « ne pas remettre en cause l’engagement quotidien de nombreux professionnels de la protection de l’enfance, des services sociaux, des magistrats, des avocats, des éducateurs et des forces de l’ordre ». « Beaucoup interviennent avec dévouement » malgré un manque de moyens.

Des moyens humains et financiers
Enfance & Partage appelle à «renforcer les moyens humains et financiers consacrés à la protection de l’enfance», à garantir «un traitement rapide et effectif des plaintes, informations préoccupantes et signalements» et à «améliorer la coordination » entre les services sociaux.  « Notre présence à ce rassemblement traduit notre volonté de contribuer à un débat plus concret et à la recherche de solutions concrètes. La protection des enfants constitue une responsabilité collective qui exige une mobilisation de tous les acteurs concernés ».
Au nom du Front de Mères, une autre intervenante a d’abord rendu hommage à la fillette. « Aujourd’hui, nous pensons d’abord à elle. Nous pensons à ses proches, à sa famille et à tous ceux et celles dont la vie a été brisée par sa disparition, par sa mort ». Allant plus loin, le collectif a refusé de considérer cette affaire comme un «simple fait divers ». « Ce qui a tué Lyhanna, ce n’est pas seulement la violence d’un homme, c’est aussi l’effet d’un système. Un système qui prétend protéger les enfants, mais qui manque de moyens lorsqu’il s’agit d’entendre les victimes. A chaque fois qu’un enfant est victime de violences, nous retrouvons les mêmes mécanismes : des alertes ignorées, des victimes insuffisamment protégées, des institutions qui réagissent après la catastrophe. Protéger les enfants ne peut pas être un slogan. Protéger les enfants est une obligation politique ».

Dans la foule, l’émotion restait palpable. Un homme venu accompagner sa compagne engagée dans le collectif Enfantiste a résumé son sentiment en quelques mots. « C’est révoltant. Je pouvais pas rester chez moi. En règle générale, je manifeste très peu, mai pour moi, c’était l’essentiel d’être là ce soir.». Au terme du rassemblement, les applaudissements ont remplacé quelques instants le silence. Depuis la mort de la collégienne à la sortie de son établissement scolaire, un homme de 41 ans, Jérôme Barella, a été identifié grâce à un témoignage et à des images de vidéosurveillance. D’abord mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans, il est désormais poursuivi dans une procédure requalifiée en meurtre après la découverte, le 4 juin, du corps de Lyhanna dans une zone rurale du Gers. La révélation de précédents signalements et plaintes visant le suspect, certaines classées sans suite, d’autres toujours en cours, nourrit depuis de nombreuses interrogations sur le suivi judiciaire de l’affaire.

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jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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