L’État hausse encore le ton contre le narcotrafic à Rennes, sous l’influence du préfet Franck Robine. Dans un arrêté signé le 29 mai 2026, la préfecture d’Ille-et-Vilaine autorise la police à utiliser jusqu’à quatre drones simultanément dans les quartiers sud de Rennes, notamment au Blosne et à Bréquigny, du 1er au 30 juin. Officiellement, il s’agit de renforcer la surveillance des points de deal et de faciliter les interventions des forces de l’ordre. Mais au-delà de la question des drones, le document dresse surtout une radiographie particulièrement brutale du trafic local : armes à feu, saisies en kilogrammes, grenades, violences contre les policiers, mineurs impliqués et règlements de comptes.
D’après la préfecture, les trafiquants font preuve d’une forte mobilité, utilisant véhicules et deux-roues pour échapper aux contrôles des forces de l’ordre. Les autorités évoquent aussi des barricades improvisées et des braseros installés pour ralentir les interventions policières et faciliter les fuites. Plus rare dans ce type de dispositif : l’arrêté prévoit même la possibilité d’activer un système de brouillage contre des drones non déclarés. À la lecture du document, une impression domine : celle d’un trafic profondément enraciné, qui semble fonctionner presque quotidiennement malgré les opérations répétées des forces de l’ordre.
Danss ce document que nous avons pu consulter, les faits recensés s’étalent sur plus d’un an, parfois à quelques jours d’intervalle. Le 10 juin 2025, une opération de la BAC rue de la Volga conduit à l’interpellation de quatre individus dans un appartement. Les policiers y découvrent un coffre-fort contenant 1,8 kilo de résine de cannabis, 50 grammes d’herbe et une arme de poing avec son chargeur. Mais l’épisode le plus marquant intervient le lendemain. Le 11 juin, un adolescent de 17 ans est retrouvé sur un point de deal à Bréquigny après avoir alerté sa famille. D’après le document préfectoral, il aurait été enlevé et séquestré dans un box souterrain afin « d’apurer sa dette » après la perte d’une sacoche de stupéfiants.
L’été 2025 confirme l’activité intense des réseaux. Le 17 juillet, vendeur et ravitailleur sont interpellés place de Serbie avec des bonbonnes de cocaïne. Quelques jours plus tard, le 25 juillet, plusieurs dizaines de grammes de cocaïne et plus de 2 000 euros sont saisis là encore par les forces de l’ordre. Début août, place du Monténégro, les policiers mettent la main sur de l’héroïne. Le lendemain, allée de Gacet, un fonctionnaire est blessé lors d’une interpellation liée au trafic. Le 20 août, de nouvelles saisies concernent héroïne, ecstasy et argent liquide.
Autre élément frappant : les atteintes répétées aux équipements de surveillance. Le 17 juin 2025, des caméras de vidéoprotection sont incendiées rue Jean-Normand. Le 31 août, des containers sont volontairement brûlés au pied d’un mât de vidéosurveillance boulevard du Portugal. Le 28 avril 2026, encore, une caméra est partiellement incendiée allée de Gacet. Le document révèle aussi un climat de violence bien au-delà du trafic de stupéfiants. Le 22 septembre 2025, place du Monténégro, un homme reçoit un coup de couteau après un différend avec des trafiquants devant son immeuble. Le 13 octobre, un individu est blessé lors d’échanges de tirs place Pierre-Gilles. Le 7 décembre, un homme est mortellement touché par arme à feu dans son véhicule.
Les quantités saisies témoignent, elles aussi, d’un trafic structuré. En octobre et novembre 2025, plusieurs opérations permettent de récupérer plusieurs kilos de résine de cannabis. Mais la découverte la plus spectaculaire intervient le 10 décembre : dans un véhicule stationné, la police municipale retrouve un pistolet automatique chargé, plus d’un kilo de cannabis, deux grenades, 49 munitions et un chargeur d’AK-47. Une saisie qui dépasse largement le simple deal de rue.
L’année 2026 ne marque aucun ralentissement. En janvier, les policiers découvrent dans un véhicule 1,8 kilo de cocaïne, 3 kilos de résine de cannabis, du protoxyde d’azote et du liquide. En février, une perquisition aboutit encore à la saisie de 1,7 kilo de cannabis et de 8 000 euros en espèces. Puis les interpellations se poursuivent presque chaque semaine autour du square de Stockholm, du centre commercial Italie, de la rue d’Espagne, du Landrel ou de la place de Serbie.
Au-delà de l’usage des drones, cet arrêté révèle surtout l’ampleur d’un narcotrafic solidement implanté dans certains secteurs du sud rennais, avec des points fixes, des guetteurs, des stocks et des flux d’argent importants. Ce qui frappe dans ce document, c’est surtout la densité des faits recensés : homicide, tirs, enlèvement d’un mineur, sabotage de caméras, armes de guerre et saisies en kilos. Le recours exceptionnel à quatre drones pendant un mois complet traduit un changement d’échelle dans la réponse des autorités, qui semblent désormais vouloir installer une surveillance durable dans ces quartiers.
Source : arrêté préfectoral du 29 mai 2026 autorisant l’usage de drones dans les quartiers sud de Rennes.


