« Le problème, ce n’est pas l’accueil, ni les services consulaires, mais bel et bien un problème de volonté politique de nos gouvernements. » Le constat est sans détour. À Rennes, Fabienne Portanguen, enseignante et membre du groupe de travail rennais pour l’accueil des gazaouis, dénonce les blocages, empêchant, selon elle, l’arrivée de réfugiés attendus dans la métropole.
Ce collectif rassemble enseignants, médecins, avocats et citoyens engagés, issus notamment de nombreuses organisations (la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International, la Climade, l’Association France Palestine Solidarité AFPS ou encore SUD Éducation.) Le 28 mai, au club de la presse de Rennes, il a lancé un appel public à l’État français sous un mot d’ordre clair : « Accueil des Gazaouis : que fait l’État ? »
Car pour ces bénévoles, l’écart entre les besoins humanitaires et la réponse française est immense. Alors que près de 20 000 patients sont en attente d’évacuation médicale, la France n’aurait accueilli, selon le collectif, que 26 Gazaouis, dont un seul adulte blessé. Cet adulte, c’est Bashar Al Belbeisi. Le Palestinien est arrivé à Rennes, le 30 juillet 2025, après avoir obtenu une attestation de prise en charge hospitalière validée par le Quai d’Orsay. Depuis, le collectif déplore le silence des autorités françaises pour tous les autres dossiers d’évacuation.
Soutenu par de nombreux élus régionaux et locaux, des directeurs d’universités, d’associations et des syndicats, le collectif est engagé auprès de quarante palestiniens. « Douze étudiants Gazaouis sont inscrits dans des universités rennaises. D’autres ont reçu des promesses d’embauches et sont prêts à être accueillis », précise le Dr Catherine Le Scolan-Quere.
Pour l’association, les obstacles administratifs se multiplieraient trop souvent. « Nous dénonçons un durcissement des conditions d’accès aux bourses, aux garanties financières et un manque de lisibilité dans les procédures. » Le cas de Mohammed Naim illustrerait ces blocages. Après un entretien au consulat de France, à Jérusalem le 20 novembre, le jeune homme n’aurait reçu aucune réponse, alors qu’il était attendu dès septembre 2025 à l’IUT GEA de Rennes.
« Nos voisins italiens ont accueilli 72 étudiants, le 13 mai 2026 », souligne Fabienne Portanguen.
Pour le collectif, cette situation prend une dimension encore plus préoccupante dans un territoire où le système éducatif a été largement détruit. Plusieurs experts des Nations unies parlent désormais d’un « scolasticide », à Gaza. Aujourd’hui, selon les chiffres avancés, 97,5 % des écoles et universités de Gaza sont endommagées, dont 93 % nécessiteraient une reconstruction totale, privant près de 497 000 étudiants et 19 000 enseignants d’un cadre d’étude adapté.
De nombreux gazaouis sont également en attente d’évacuation pour pouvoir répondre à des promesses d’embauche en France. C’est le cas de Yousef Al Farra et Seham Aldali, deux médecins généralistes ayant reçu des promesses d’embauche à Vitré et au Blosne. Pour les membres du collectif, l’enjeu dépasse désormais les procédures administratives. « Au-delà des opinions politiques ou religieuses, il s’agit d’une question d’humanité », conclut Catherine Le Scolan-Quéré.


