Il y a une chose que les supporters rennais (et surtour les ultras) savent infiniment faire : marquer les esprits. Tout au long de la saison 2025-2026, les travées du Roazhon Park ont une nouvelle fois offert un spectacle à part entière, empli de bâches monumentales, de messages forts et d’hommages poignants. Au fil des rencontres, le Roazhon Celtic Kop a écrit, à sa manière, l’histoire du Stade rennais.
Le 15 août, pour la première à domicile, le Kop déroulait un immense blason rouge et noir, somme toute assez classique, mais largement suffisant pour donner le ton d’une saison. Ce soir-là, face à Marseille, les Rouge et Noir arrachaient une victoire précieuse dans les dernières secondes. Dans le temps additionnel, Quentin Merlin glissait une passe lumineuse à Ludovic Blas, parti seul défier le gardien marseillais (91e). Dans le stade, ce fut la délivrance. « L’opportunité a souri à Ludovic Blas et à tout le groupe, qui a été presque héroïque, surtout fantastique. Je suis très fier d’eux. Quand on vit une situation comme celle-ci, ce n’est jamais facile, surtout face à l’OM », déclarait alors Habib Beye après la rencontre. Pourtant, dans les tribunes, les ultras n’avaient pas totalement rangé leur exigence. Une banderole acerbe envers les anciens Nantais du club rappelait déjà que, du côté du Kop, la fidélité au maillot ne souffre aucun compromis. Il y était écrit : faire une Rongier, jeter son honneur au caniveau, perdre toute crédibilité et respect pour sa propre personne.
Le 7 novembre 2025, pour un déplacement devant le Paris FC, les supporters rennais répondaient encore présents. Dans les tribunes du stade Jean-Bouin, difficile de mesurer précisément leur nombre, mais une certitude s’imposait : le rouge et noir étaient partout. Les chants résonnaient avant le coup d’envoi, les encouragements accompagnaient chaque arrêt de Brice Samba et l’explosion de joie suivait le but de Breel Embolo. Pendant quelques heures, Paris avait presque des airs de Roazhon Park avec un petit tifo, mais un tifo tout de même !
Le 13 février, le ton changeait. Après une série de quatre défaites consécutives et le départ d’Habib Beye, le Kop choisissait un autre registre. Une immense banderole appelait les joueurs à mettre fin aux discours et à retrouver de l’engagement sur le terrain. En ce vendredi 13, le message semblait avoir été entendu bien au-delà des espérances. Dans un stade incandescent, Rennes faisait tomber le Paris Saint-Germain (3-1), au terme d’une prestation majuscule.
Quelques semaines plus tard, le 22 mars, place à la célébration. À l’occasion des 125 ans du Stade Rennais, plusieurs centaines de supporters défilaient dans un cortège festif avant de rejoindre le Roazhon Park. A l’intéieur de l’ancien stade de la route de Lorient, les tifos rendaient hommage à l’histoire du club et à son identité populaire. Cette journée de communion était un peu assombrie toutefois par la défaite face au LOSC (2-1).
En juillet 2025, le Kop rennais critiquait l’arrivée de l’ex-Nantais Valentin Rongier. « Il n’a, à nos yeux, aucune légitimité pour revêtir nos couleurs », écrivaient alors les ultras dans un communiqué. Moins d’un an plus tard, en avril 2026, l’ancien Canari faisait basculer le derby face au FC Nantes, en inscrivant le but de la victoire dans les arrêts de jeu. Dans un Roazhon Park incandescent, il faisait exploser de joie tout un stade dans une rencontre où, pendant de longues minutes, les Rennais avaient craint le pire face à leur rival. Ils avaient surtout apprécié là encore le très beau tifo.
Puis vint la dernière, le 10 mai. Sous une pluie battante, le Roazhon Park vivait encore une belle soirée. Menés par un Paris FC pourtant sans véritable enjeu majeur, les Rouge et Noir trouvaient les ressources pour retourner la rencontre en l’espace de 70 secondes grâce à Estéban Lepaul puis Breel Embolo. Dans les tribunes, un nouveau tifo accompagnait cette effusion, comme un ultime rappel du rôle essentiel joué par le public tout au long de la saison.
Mais cette année de tifos ne se résume pas seulement à des démonstrations de créativité ou à des moments de liesse. Elle aura aussi été traversée par des instants de profonde émotion. Le 14 septembre, lors de la rencontre face à Lyon, le Roazhon Celtic Kop rendait hommage à Victorien, supporter rennais emporté par la maladie. Une immense banderole, déployée au pied de la tribune Mordelles, rappelait alors qu’au-delà du football, une tribune est aussi une histoire humaine. Au fil des mois, les tifos auront raconté bien plus qu’une saison sportive. Ils auront incarné la vie d’un club avec ses joies et parfois ses peines.






