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mardi 28 avril 2026
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Premier conseil municipal sur fond de bataille budgétaire

Mardi soir, la majorité conduite par la gauche municipale a défendu ses orientations budgétaires pour 2026 dans une ambiance déjà très politique, avec face à elle deux oppositions  : le centre droit de Charles Compagnon et les élus insoumis. Derrière ce rapport d’orientation budgétaire, c’est bien une première bataille de mandat qui s’est jouée entre élus aux opinions bien tranchées !

En maître des finances, l’écologiste Matthieu Theurier a livré sa feuille de route. « Nous avons toujours eu la volonté de maintenir nos engagements pris auprès des Rennaises et des Rennais, et de maintenir nos actions pour la solidarité et la transformation écologique de notre territoire », explique-t-il.  Pour 2026, la ville prévoit 338 millions d’euros de dépenses de fonctionnement et 91,4 millions d’euros d’investissements. Parmi les priorités affichées figurent l’enfance, la petite enfance, les équipements sportifs, l’aménagement urbain, la rénovation énergétique et le soutien au tissu associatif. « Le projet du nouveau mandat prévoit d’agir prioritairement sur les sujets qui sont aujourd’hui au cœur des préoccupations des Rennaises et des Rennais », résume l’adjoint, en citant le logement, les mobilités, la végétalisation, la jeunesse, la lutte contre les discriminations ou encore la culture.

Mais la présentation de cette trajectoire n’a pas convaincu l’opposition de centre droit. Charles Compagnon, chef de file de Vivre Rennes, a attaqué frontalement la majorité, à la fois sur la méthode et sur le fond. « Ce débat d’orientation budgétaire aurait dû être un moment de vérité », lance-t-il d’emblée. Pour lui, le rapport aurait du être présenté avant les municipales. « Pendant la campagne, vous avez parlé de transparence. Mais la transparence, ce n’est pas après l’échéance. La transparence, c’est avant l’échéance », martèle-t-il. « Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas une contrainte, c’est donc un choix. Un choix politique, mais un choix qui interroge. Un choix qui ressemble davantage à une stratégie d’évitement qu’à un souci de clarté démocratique. »

Sur le fond, Charles Compagnon décrit une situation financière beaucoup plus préoccupante que ne l’admet la majorité. « Pendant les cinq prochaines années, pas une seule année ne présente une épargne nette positive. Pas une seule », souligne-t-il. Selon lui, la ville ne finance plus ses investissements par ses propres moyens et s’en remet désormais massivement à l’emprunt. « Nous ne sommes plus dans une logique de gestion, nous sommes dans une logique de dépendance », affirme-t-il encore. L’opposant met aussi en garde contre une dégradation de la capacité de désendettement, évoquant même, à terme, un risque de saisine de la chambre régionale des comptes. « Investir sans capacité d’autofinancement, ce n’est pas préparer l’avenir, c’est hypothéquer l’avenir », résume-t-il.

Cette ligne critique a trouvé un autre écho, très différent politiquement, du côté des élus insoumis. Lucien Guénin-Queyrard a lui aussi dénoncé les contraintes imposées par l’Etat, mais pour lui, le problème n’est pas un excès de dépenses, mais au contraire l’acceptation d’un cadre austéritaire. « Nous voilà ici à discuter d’orientations budgétaires qui finalement seront l’application du budget d’austérité pour les Rennais et les Rennaises du fait des neuf ans du macronisme et des renoncements du Parti socialiste », explique-t-il. En d’autres termes, l’élu insoumis reproche à la majorité de ne pas aller assez loin dans la rupture sociale et écologique, et de composer avec des choix nationaux.

Sa longue intervention a élargi le débat à plusieurs sujets sensibles, notamment la vidéosurveillance, les cabinets de conseil, l’organisation du travail ou la politique de logement. « Les élus insoumis ne trahiront jamais les aspirations populaires, jamais nous ne serons des élus d’accompagnement », affirme-t-il. Très critique sur l’extension des caméras, il estime que les moyens seraient mieux employés dans une « véritable police de proximité et de prévention » et dans le renforcement du travail social. Il dénonce aussi le recours à des prestataires extérieurs. « Nous ne souhaitons pas que Rennes ait son propre McKinsey. » Plus largement, les insoumis regrettent « l’orthodoxie budgétaire déconnectée des urgences sociales et écologiques » et un « manque d’ambition » sur le logement social, la gratuité des transports ou la rénovation thermique.

Face à ces attaques venues des deux côtés de l’hémicycle, la majorité s’est efforcée de montrer son unité. Gaëlle Andro a défendu un document budgétaire à la fois « transparent », « ambitieux » et lucide sur les contraintes. « Le rapport montre malgré tout que la ville de Rennes conserve une capacité d’action réelle », assure-t-elle. L’élue met en avant « un niveau d’investissement important », le maintien du service public, le soutien au monde associatif et « des fondamentaux financiers solides avec une épargne brute significative ». Elle n’écarte pas, en revanche, la question d’une évolution de la fiscalité locale. « A Génération, nous estimons que la question de la fiscalité locale s’imposera à notre collectivité dans les prochains mois », prévient-elle, en appelant à ne pas l’aborder « sans tabou » si la ville veut tenir ses engagements en matière de résilience, de justice sociale et de transition écologique.

En clôture du débat, Mathieu Theurier a répliqué point par point. À Charles Compagnon, il assure que rien n’a été caché. « Absolument rien n’a été caché puisque chaque année depuis près de six ans maintenant, nous avons eu de cesse de montrer ce qu’était la trajectoire de la collectivité », répond-il. Sur le calendrier, il revendique un choix lié au projet de loi de finances et à la volonté de présenter un document « conforme à la réalité » après les élections. Il en a aussi profité pour renvoyer l’opposition à ses propres promesses de campagne. « Ces dernières semaines, tant de votre côté, M. Compagnon, mais aussi du côté de Mme Mesmeur, vous n’avez eu de cesse de faire des propositions toutes plus coûteuses les unes que les autres, sans jamais dire comment vous les financiez », tacle-t-il.

À Lucien Guénin-Queyrard, il répond plus directement sur la question des cabinets de conseil. « Il n’y a pas de McKinsey à la ville de Rennes », tranche-t-il. « La municipalité garde une culture de maîtrise publique, tout en recourant ponctuellement à des compétences extérieures. » Surtout, l’adjoint aux finances assume clairement le cœur du choix politique de la majorité. « Nous préférons assumer une dégradation de cette trajectoire plutôt que d’en rabattre sur les enjeux de transition écologique et de justice sociale. »  Ce premier conseil post-électoral montre une majorité déterminée à défendre sa continuité politique, tout en préparant les Rennais à des arbitrages difficiles (augmentation de la taxe foncière en 2027). Il installe aussi deux oppositions distinctes, mais désormais bien identifiées aux pratiques d’opposition bien différentes. Avant même le vote du budget primitif, annoncé pour le 27 avril, le nouveau mandat rennais est déjà entré dans sa première vraie confrontation politique.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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